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Homélie pour la fête de la Sainte Trinité Année C le 22 mai 2016 : « En intercommunion et en interpénétration... » (Jean 16, 12-15)

Homélie pour la fête de la Sainte Trinité Année C le 22 mai 2016 par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec. Textes : Proverbes 8, 22-31, Romains 5, 1-15 et Jean 16, 12-15.



Icône russe de la Trinité  peinte par Andreï Roublev entre 1410 et 1427 et écrite à partir la rencontre d'Abraham avec Dieu sous forme de trois anges au chêne de Mambré que l'on voit dans le fond (Genèse 18, 1 ss). (Crédits photo : H. Giguère)
Icône russe de la Trinité peinte par Andreï Roublev entre 1410 et 1427 et écrite à partir la rencontre d'Abraham avec Dieu sous forme de trois anges au chêne de Mambré que l'on voit dans le fond (Genèse 18, 1 ss). (Crédits photo : H. Giguère)
Nos frères et soeurs d'origine grecque ont un beau mot pour parler de la Trinité. Ce mot, vous le reconnaîtrez, a des allures de chorégraphie qui est l'ensemble des mouvements d'une danse ou d'un ballet, ce mot, c'est le mot « périchorèse ». Il n'est pas nécessaire de le retenir, mais c'est sa signification qui va me guider dans cette homélie.

I- Trois en Un : une révélation progressive

Commençons par mettre les choses en place pour cette divine chorégrahie qu'est la Trinité. Le terme « trinité » le dit. Il s'agit de trois personnes, ces personnes dans notre foi issue des grands conciles de l'Antiquité se nomment le Père, le Fils et l'Esprit. Elles se sont révélées chacune à leur façon au cours de l'histoire du Salut.

Dans l'Ancien Testament, on pourrait dire que c'est le Père qui a occupé toute la place, puis avec la naissance de Jésus a commencé ce qu'on pourrait appeler le temps de la manifestation du Fils, le Verbe de Dieu fait chair et enfin depuis la Pentecôte s'est établi le temps de l'Esprit. Une des strophes de l'hymne traditionnelle Veni Creator Spiritus résume cela admirablement. En voici la traduction française :

Fais que par toi nous connaissions le Père
Et découvrions le Fils,
Et qu'en toi, leur commun Esprit,
Nous croyions en tout temps.


Cette vision qui sépare les trois personnes ne doit pas cependant les isoler. Chacune porte en elle la manifestation des deux autres. Nul ne peut connaître le Père s'il ne connaît le Fils, dit Jésus, et l'Esprit est envoyé par le Père qui le donne pour rappeler tout ce qu'il a révélé sur son Fils : « Il redira tout ce qu'Il a entendu...Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jean 16, 13-14). Il est l'Esprit du Père et du Fils.

Peut-on aller plus loin pour parler du mystère de la Trinité toujours présente dans nos prières liturgiques qui se font au nom du Père, du Fils et de l'Esprit?

C'est là que nos frères et soeurs grecques nous ouvrent une porte lumineuse avec la « périchorèse » dont je voudrais maintenant vous entretenir un peu.

II - Intercommunion et interpénétration

Notre vision de la Trinité est celle d'une réalité complexe, bien sûr, mais que la doctrine chrétienne nous décrit avec des mots comme « Trinité une et indivise », « trois personnes mais une seule nature », « relation de filiation entre le Père et le Fils », « relation d'un amour commun entre les trois qui se nomme l'Esprit Saint » etc.

Ces quelques mots sont bien faibles pour nous faire entrer dans le mystère de la Trinité. C'est là que le mot de « périchorèse » vient à notre secours et nous place non plus sur le plan des idées, mais sur celui de la vie trinitaire dont nous sommes participants par notre Baptême fait « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ».

Au IVe siècle les Pères de l'Église grecque ont inventé ce nouveau mot, intraduisible en français, pour rendre compte de cette réalité qui dépasse totalement nos capacités humaines. Et ce terme qu'ils inventèrent, ils ne l'ont pas emprunté au vocabulaire de la philosophie, mais à celui de la musique et de la danse. Dans ce mot il y a la même racine qui donne le mot « chœur » lorsqu'on parle d'un « choeur de chant » d'une « chorale ». Vous voyez ce que les Pères de l'Église grecque voulaient qu'on retienne de la Trinité. Pour eux, la Trinité est comme un choeur de chant ou une troupe qui danse en choeur où chaque chantre ou chaque danseur se fond dans l'ensemble tout en restant lui-même au maximum, où chacun s'efface pour laisser la place à l'autre, tout en s'élançant pour occuper sa place, ce qui demande un mouvement incessant.

Ainsi, on pourrait dire que l'essentiel de la vie trinitaire est l' « intercommunion » et l' « interpénétration » réciproques des Personnes de la Trinité que les théologiens ont appelées la « cicumincession ». L'une des expressions évangéliques les plus claires de cela se lit en saint Jean: «Je suis dans le Père et le Père est en Moi» (Jean 15,16). Les Personnes sont l'une dans l'autre, l'une pour l'autre, sans rien garder pour elles. « Le Père est en Moi et Je suis dans le Père » (Jean 10, 30; 14, 10.) Nul ne peut connaître le Père s'il ne connaît le Fils dit Jésus et l'Esprit est envoyé par le Père qui le donne pour rappeler tout ce qu'il a révélé sur son Fils. Il est l'Esprit du Père et du Fils (Jean 14, 26).

III - Application

Voilà pour les explications sur la « périchorèse », mais ne nous arrêtons pas là. En cette fête de la Trinité prenons le temps de nous tourner vers le don qui nous est fait de la présence continuelle de la Trinité au fond de nous, de l' « inhabitation » de la Trinité en nous par la grâce. « Demeurez en moi comme moi en vous », dit Jésus. Cette belle réalité de la présence de la Trinité en nous peut nous nourrir à chaque instant comme elle a nourri une sainte carmélite, contemporaine de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui s’appelle la bienheureuse Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite de Dijon, qui a été béatifiée par le pape Jean-Paul II en 1984 et dont on a annoncé la canonisation au courant de l'année 2016. Soeur Élisabeth de la Trinité nous a laissé une prière extraordinaire à la Trinité qui a inspiré toute sa vie et sa spiritualité et qui a connu un diffusion mondiale. Nous terminerons en en lisant quelques passages :

O MON DIEU, TRINITÉ QUE J'ADORE,
Aidez-moi à m'oublier entièrement
pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité.
Que rien ne puisse troubler ma paix,
ni me faire sortir de vous, ô mon immuable,
mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère.
Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos.
Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice (…)

Ö mes trois, mon Tout, ma Béatitude…
Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous,
en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.


Conclusion

Que cette Eucharistie dominicale nous voit ouverts et ouvertes à la présence de la Trinité en nous de telle sorte que nous laissions l'Esprit chanter les louanges du Père qui nous envoie son Fils par qui nous pouvons nous aussi rendre gloire à Dieu et entrer dans le mouvement d'amour sur le monde qui part du cœur de Dieu, Père, Fils et Esprit dont nous serons ainsi des témoins humbles mais resplendissants.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


17 mai 2016



Prière de sainte Élisabeth de la Trinité

O MON DIEU, TRINITÉ QUE J'ADORE,

Aidez-moi à m'oublier entièrement
pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité.
Que rien ne puisse troubler ma paix,
ni me faire sortir de vous, ô mon immuable,
mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère.
Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos.
Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.

O mon Christ aimé, crucifié par amour,
je voudrais être une épouse pour votre cœur,
je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer. . .jusqu'à en mourir !
Mais je sens mon impuissance
et je vous demande de me «revêtir de vous-même»,
d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme,
de me submerger, de m'envahir, de vous substituer à moi,
afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre vie.
Venez en moi comme adorateur, comme réparateur et comme sauveur.
ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter,
je veux me faire tout enseignable afin d'apprendre tout de vous.
Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances,
je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière;
ô mon astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

Ö feu consumant, Esprit d'amour,
survenez, en moi, afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe :
que je lui sois une humanité de surcroît en laquelle il renouvelle tout son mystère.
Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature,
«couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

Ö mes trois, mon Tout, ma Béatitude,
Solitude infinie, immensité où je me perds,
je me livre à vous comme une proie.
Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous,
en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.



Mardi 17 Mai 2016
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