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Homélie pour le 13e dimanche du temps ordinaire (Année A) « Une chambre de plus dans son cœur »

Homélie à la Chapelle du Lac Poulin par Mgr Hermann Giguère P.H., du Séminaire de Québec, recteur de cette desserte pour le 13e dimanche du temps ordinaire Année A le 2 juillet 2017 Textes : II Rois 4, 8-11.14-16a, Romains 6, 3b-4.8-11 et Mathieu 10, 37-42.



Élysée et la dame qui le reçoit  II Rois 4, 8 ss. (Domaine public)
Élysée et la dame qui le reçoit II Rois 4, 8 ss. (Domaine public)
Relisons les dernières phrases de l’évangile : « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

I – Diverses façons d’être récompensé

Il y a diverses façons d’être récompensé de ce qu’on fait, d’être gratifié dans ce que l’on fait ou dans les rapports avec autrui.

La première est celle de la justice. Cela se produit sur une base de « tu me donnes » et « je te donne en retour ». C’est sur une base de calcul. Cela est très bien et même nécessaire. Si j’ai travaillé pour quelqu’un, je lui demande tant. Si j’ai investi dans mon entreprise (temps et argent), je puis dire « ce que j’ai, je l’ai gagné, j’en fais ce que je veux». On dit en langage familier « Qui engage quelqu’un en a pour ce qu’il paye, il en a pour son argent ».

Il y a une deuxième façon de recevoir un retour de ce qu’on fait. Celle-là n'est pas seulement sur une base de calcul, mais sur une base de partage, d’échange, de réciprocité : « Je te rends un service et quand ça adonnera (mot québécois qui signifie " quand l'occasion se présentera"), tu m’en rendras un. Je te reçois chez moi, je t’accueille pour un repas, j’espère que tu me recevras aussi ». Et c’est bien encore ici.

C’est normal de s’attendre à ce qu’il y ait un retour lorsqu’on fait quelque chose pour quelqu’un. « Si on aide un prophète, on aura une récompense équivalente, une récompense de prophète, dit Jésus ». Sans être regardant (mot québécois veut dire signifie « sans être calculateur »), lorsqu’on accueille quelqu’un, il est normal qu’il y ait un retour en proportion de qu’on a fait.

Enfin, il y a une troisième façon de recevoir un retour de qu’on fait, c’est de recevoir beaucoup plus qu’on ne s’attend. Jésus ici nous montre comment. Lorsque j’aide ou accueille tout à fait gratuitement avec le cœur, avec amour, lorsque j’accueille un petit, celui ou celle qui ne peut rien me donner, là la récompense est quelque chose de spécial parce que l’amour ça ne se mesure pas comme le reste, parce que l’amour me fait sortir de moi. Je ne regarde pas à ce qui me reviendrait en retour. J’aime. Je donne, un point c’est tout.

C’est là que l’amour de Dieu est un modèle car Dieu le Père nous donne tout, même son Fils. Nos amours humains, l’amour conjugal, l’amour filial, l’amour des parents pour leurs enfants s’en inspirent même s’ils ne réussissent pas toujours à attendre cet idéal.

II – Application

Vous me direz : « Est-ce possible? » Oui, car l’amour est à la portée de tous et de toutes. Le disciple de Jésus est celui ou celle qui accepte de sortir de lui-même, de « perdre sa vie », de ne pas regarder seulement du côté de ce qui est la justice ou du côté des conventions sociales. Il accepte d’expérimenter autre chose.

Jésus nous invite ici à prendre le risque de nous laisser changer par autrui, en premier lieu par ceux et celles qu’il appelle les petits: l'enfant que l'on accueille, le handicapé dont on s’occupe, la personne âgée que l'on visite, l’adolescent qui se cherche, le réfugié qui arrive, l’accidenté frappé dans sa chair, le sans logis etc. Le disciple de Jésus accepte de voir Jésus qui lui fait signe dans ce petit, ce blessé de la vie, dans cette personne qui a besoin de moi. C’est Jésus qui m’appelle, me sollicite.

Et ainsi en l’accueillant c’est Jésus qu’on accueille et Celui qui l’a envoyé comme il est dit dans notre évangile. De là les phrases percutantes que nous avons entendues : « Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera ». Et les phrases du début de l’évangile sur la famille humaine qui ne doit pas empêcher de donner la priorité à la suite de Jésus dans nos vies « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. »

Vous voyez, on devient digne de Jésus non pas seulement en écoutant ses paroles, son message, mais en acceptant qu’il soit le Maître de notre vie, en lui donnant la permission d’entrer dans notre vie. Et sa façon préférée, nous dit-il ici, c’est de passer par les petits, par ceux et celles qui ne peuvent rien nous donner, qui ne peuvent même pas nous remercier.

Ce faisant, à l’image de la femme riche qui reçoit le prophète Élisée dans le récit de la première lecture, nous préparons une chambre dans notre cœur toujours prêt à accueillir. Le chrétien est celui ou celle qui a une chambre en plus dans son cœur, son temps et sa vie, une chambre par où Jésus peut entrer en tout moment.

C’est ce qu’exprimait bien la tradition québécoise de nos grands-parents qui laissaient toujours près de la porte d'entrée à l'intérieur de leur maison un banc qui pouvait se transformer en lit pour recevoir les mendiants qui pouvaient survenir. On appelait ce lit improvisé le « banc du quêteux »

Conclusion

Que cette messe en nous unissant à Jésus qui a tout donné pour nous, même sa vie, sans attendre de retour, nous aide à sortir de nous-mêmes pour regarder autour de nous et y découvrir Jésus présent dans le petit, le faible et le démuni.

Ainsi, au jour du jugement, il pourra nous dire « Toi le béni de mon Père, viens à ma droite car j’avais faim, et tu m’as donné à manger ; j’avais soif, et tu m’as donné à boire ; j’étais un étranger, et tu m’as accueilli ; j’étais nu, et tu m’as habillé ; j’étais malade, et tu m’as visité ; j’étais en prison, et tu es venu jusqu’à moi ! En effet, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». (Mathieu 25, 34-40)

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


27 juin 2017















Le mendiant était appelé "quêteux" en Nouvelle France et au Québec. Pour loger le quêteux, il y avait un banc spécial dans les maisons. Le matelas était constitué des épluchures de blé d’inde. On pouvait donc brûler sans hésiter le matelas après la passage du quéteux pour éviter la contamination par les poux ou les puces. Pour éviter l’invasion des puces un ruban de mélasse était disposé autour du banc.

Mardi 27 Juin 2017
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