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Homélie pour le 30e dimanche du temps ordinaire Année C : « Le pharisien et le publicain : la prière chrétienne » (Luc 18, 9-14)

Homélie pour le 30e dimanche du temps ordinaire Année C le 23 octobre 2016 par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec. Textes : Ben Sirac 35, 15b-17.20-22a, II Timothée 4, 6-8.16-18 et Luc 18, 9-14



Le pharisien et le publicain (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture )
Le pharisien et le publicain (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture )
Homélie pour l'année A

Cette parabole célèbre nous met devant les yeux deux figures de personnes en prière, de priants. Elle nous permet de découvrir un peu mieux ce qu'est la prière chrétienne. Jésus ne donne pas ici un cours sur la prière, mais, dans des images parlantes, il en fait saisir le mouvement profond qui est celui d'un dialogue, d'une relation interpersonnelle qui s'établit entre le fidèle et son Dieu.

Comment naît et se développe cette relation? Regardons d'abord le pharisien.

I - La prière du pharisien

Jésus le fait parler : « Je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères… je jeûne deux fois la semaine, je verse le dixième de tout ce que je gagne ». Par ces paroles qu'il met dans la bouche du pharisien, Jésus accentue sa suffisance et sa vanité. Chez cet homme rempli de lui-même, il n'y a aucun espace de manque, il se suffit à lui-même. Il a coupé tout ce qui lui ouvrirait un chemin vers l'autre. Alors que la vraie prière part de la reconnaissance d'une insuffisance, d'un manque, sans quoi, aucune relation, aucun dialogue avec l'autre ne peut s'établir. Il n’est pas « vide de lui-même » (Saint Bernard dans un Sermon sur l’Annonciation)

Le manque reflète la condition de toute personne humaine. En effet, la personne humaine ne peut se suffire à elle-même sans se tourner vers les autres. Cela est vrai dans le domaine matériel : on a besoin du travail de l’agriculteur pour manger, du travail de l'enseignant pour apprendre, de l'attention de l'intervenante à la garderie etc… Il en est ainsi aussi au plan de la dignité même de la personne qui a besoin d'être respectée et appréciée pour elle-même, parce qu’elle est unique et remplie d'aspirations et de désirs propres et au plan de l'amour dont tous les êtres ont besoin pour vivre (sur aspect phénoménologique lié à la prière Mgr Maurice Nédoncelle a des observations des plus intéressantes dans Prière humaine. Prière divine. Notes phénoménologiques. (La prière qui s'adresse aux hommes. La prière qui s'adresse à Dieu), Desclée De Brouwer, Bruges, 1962).

On le voit aucune personne ne peut se suffire à elle-même. Il faut qu'il y ait la prise de conscience de cette réalité, de ce manque, de ce vide pour que la relation à l'autre puisse naître. C'est essentiel dans le mouvement de la prière.

Le pharisien ferme toutes les portes. Aucune relation n'est possible pour lui avec Dieu. Il s'en retourne satisfait de lui-même, condamné à jouer et à rejouer continuellement la même pièce de théâtre dont il est le seul protagoniste.

Regardons maintenant du côté du publicain.

II -Le pauvre publicain

Ce dernier ne se pose pas en maître. Il est conscient des limites de son être, de son manque-à-être. C'est ce qu'on appelle son humilité ou sa pauvreté. Cette attitude est une attitude proche de ses forces et de ses faiblesses. Elle ne les masque pas. Au contraire, elle les reconnait et dans ce mouvement, elle ouvre la porte à quelque chose d'autre. Elle lui permet de découvrir un espace de relation et de dialogue et pour y entrer il est nécessaire de renoncer à tout contrôler, de se dépouiller de soi-même.

La relation avec l'autre me demande de m'oublier moi-même pour lui laisser une place dans mon cœur. Sans ce renoncement, pas de de relation vraie, pas de dialogue.

Le pauvre publicain a compris cela ou plutôt il vit cela, car il ne s'agit pas ici d'une attitude intellectuelle, d'un raisonnement, mais d'une expérience vécue. Les personnes qui prient se laissent emporter en dehors d'elles-mêmes, ouvertes aux imprévus de la rencontre de l'autre plutôt que de se cantonner dans leurs fausses sécurités comme celles du pharisien : des pratiques, du rabâchage de formules etc.

Vous avez probablement connu à un moment ou l'autre une expérience de prière comme celle du publicain. Dans un moment d'épreuve peut-être ou dans un temps de paix, vous avez senti la présence de Dieu qui se manifestait à vous. Vous aviez alors abandonné votre mainmise sur votre vie ou vos actions au profit d'un abandon confiant comme celui du publicain. C'est là l'essentiel de la prière : un abandon confiant dans une dialogue sincère avec Celui dont on se sait aimé (cf. dans Le livre de la Vie, au chapitre 8, la définition de l'oraison de sainte Thérèse d'Avila: « une conversation amoureuse dans un seul à seul avec Celui dont on se sait aimé »).

Conclusion

L'entrée dans le mouvement d'une prière vraie se continue tout au cours d'une vie. Comme les disciples, nous devons toujours demander à Jésus « Seigneur apprends-nous à prier ». Prier, cela s'apprend en effet. Dans une fidélité à se donner des moments de prière, à fréquenter des lieux de prière, à utiliser des moyens concrets comme le chapelet, la méditation, la Liturgie des Heures (Bréviaire) etc. la personne priante cheminera vers une relation de plus en plus riche avec « Celui dont elle se sait aimée ».

La première lecture de Ben Sirac nous invite à cette persévérance qui se fonde sur la bonté de Dieu qui ne défavorise pas le pauvre, qui écoute la prière de l'opprimé, qui ne méprise pas la supplication de l'orphelin, et la plainte répétée de la veuve comme il est écrit dans ce très beau texte.

Et comme saint Paul dans la deuxième lettre à Timothée, le disciple de Jésus qui se laisse entraîner dans une prière fervente et répétée pourra dire à la fin de sa vie « J'ai mené le bon combat, j'ai achevé ma course, j’ai gardé la foi...[le Seigneur] me sauvera et me fera entrer dans son Royaume. A Lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »


Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


18 octobre 2016


Mardi 18 Octobre 2016
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