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Homélie pour le 3e dimanche du Carême Année B « Ils se rappelèrent...et ils crurent »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 4 mars 2018 Année B. Textes: Exode 20, 1-17, 1 Colossiens 1, 22-25 et Jean 2, 13-25 .



Jésus chassant les vendeurs du Temple par El Greco (1541-1614) (Domaine public via Wikimedia Commons)
Jésus chassant les vendeurs du Temple par El Greco (1541-1614) (Domaine public via Wikimedia Commons)
Un ami devenu champion de gymnastique sur barre fixe me disait que pendant sa période de compétition son corps était toute sa vie. Tout tournait autour de son corps : entrainement, alimentation, connaissances, études, repos, relations etc. J’ai pensé à ce fait en entendant aujourd’hui Jésus parler de son corps comme d’un sanctuaire qui remplacerait le sanctuaire du Temple de Jérusalem.

I – Retour sur la scène de l’expulsion des vendeurs du Temple

La scène de l’expulsion des vendeurs du Temple qui vient d’être racontée est l’une des plus violentes dans la vie de Jésus. On peut dire avec justesse que Jésus fait ici une « sainte colère ». Son ardeur et ses gestes ne trompent pas. Il renverse les tables, il disperse les animaux pour les sacrifices, il interpelle les personnes présentes.

Pour comprendre cette interpellation où il dit que les vendeurs de toutes sortes ont profané la Maison du Seigneur, il faut se rappeler que le Temple de Jérusalem qui avait remplacé la Tente du désert où se trouvait l’Arche de l’Alliance de Dieu avec le peuple d’Israël était un lieu sacré. Sa partie la plus secrète qu’on appelait le Saint des Saints abritait la présence de Dieu. Seul le Grand-Prêtre pouvait entrer dans le Saint des Saints une fois par année. Ainsi le Temple de Jérusalem où se rassemblaient les foules avait comme mission de conserver dans son centre la présence même de Dieu. Jésus dénonce ce qu’on en a fait en disant « Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce ».

Pour Jésus le Temple de Jérusalem est une image, une figure, qui disparaîtra. « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai ».

À l'écoute de cette parole la méprise des assistants est totale. Ils se rappellent les travaux de construction qui ont duré 46 ans. Les paroles de Jésus apparaissent comme des paroles en l’air, les propos d’un exalté qu’on déclasse en partant. « Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. » Le vrai temple c’est son corps ressuscité. Les premiers chrétiens après la résurrection ont compris le sens profond des paroles de Jésus. « Ils se rappelèrent et ils crurent ». Regardons-y de plus près.

II – Mais lui parlait du sanctuaire de son corps

Il n’est pas anodin que, d’entrée de jeu dans les premières pages de son évangile, saint Jean nous place devant ce qui est la révélation fondamentale du Nouveau Testament : Dieu n’est plus dans un temple de pierre bâti de main d’homme, car il s'est manifesté dans le corps d’un humain, né d’une femme, Jésus de Nazareth. Cette condition humaine va permettre au Fils de Dieu fait homme de donner par sa mort un sens nouveau à l’aventure humaine.

Le récit de l’expulsion des vendeurs du Temple permet d'éclairer la prédication de Jésus d’un bout à l’autre, en particulier le fameux discours sur le Pain de vie au chapitre 6 où Jésus après la multiplication des pains annonce que son Corps est une vraie nourriture pour ses disciples (Jean 6, 55).

Les disciples de Jésus et les apôtres comprendront petit à petit que cet homme bien en chair n'est pas un substitut de Dieu, il est Dieu parmi nous. Sans la chair, il n’y a pas d’Incarnation. La Lettre aux Hébreux le dit fort bellement : « Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : ‘Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché’ ; alors, j’ai dit : ‘Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté…’ Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes ». (Hébreux 10, 5-7.10)

III- Application

Cet épisode de l’expulsion des marchands au Temple de Jérusalem qui ne manque pas de couleur recèle une valeur et une richesse remarquables comme nous avons pu le constater. Il ne faut surtout pas le réduire à une crise de colère de Jésus et faire de lui une manière d’activiste avant la lettre.

Bien sûr, le geste de Jésus dénonce des façons de faire qu’il abhorre. Mais les premières communautés chrétiennes ont surtout retenu que Jésus voyait la fin et la disparition d’un monde déphasé et d’une religion de préceptes éreintants, et qu’il proposait une nouvelle façon de rejoindre Dieu où c’est lui dans son humanité habitée par la présence de Dieu lui-même, lui le Verbe incarné, qui ouvrait la voie vers Dieu, libérant ses frères et sœurs des lourdeurs et des limites des temples faits de main d’homme. Les premiers chrétiens s’en réjouissaient. Avec fierté, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, ils proclamaient « un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. »

Cet enseignement est fondamental pour notre foi, et des plus importants, pour notre préparation à Pâques. Dans le Carême de cette année, en effet, nous sommes invités à approfondir le mystère de Jésus. Les textes choisis par l’Église veulent nous guider vers les réalités essentielles de notre foi en Jésus qui n’est pas seulement un grand personnage, une inspiration pour les gens, même les non-chrétiens comme Gandhi, mais qui est le Fils de Dieu incarné dans un corps humain, Jésus de Nazareth, le fils de Marie.

Conclusion

On pourrait dire de Jésus ce que mon ami disait de sa période de compétition en gymnastique : son « Corps » est tout pour Lui. Et nous pouvons ajouter, il est aussi tout pour nous, car le Jeudi Saint en mémoire de sa mort et de sa résurrection, Jésus nous a donné son Corps et son Sang sous les signes du Pain et du Vin consacrés comme le moyen par excellence de le suivre et d’aller à Dieu.

Nous recevons ce Corps et ce Sang ensemble en communauté où nous formons le Corps du Christ qui est l’Église dont le Christ est la Tête et dont nous sommes les membres. En recevant dans la communion, le Corps de Jésus nous sommes projetés au-delà de nos élans personnels dans l’élan toujours nouveau de l’Amour de Dieu pour l’humanité. C’est le but de chacune de nos messes dominicales.

Laissons cet élan d’Amour nous pénétrer ce matin et recevons dans la foi et avec cœur le Corps du Christ en répondant de tout notre coeur Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec


27 février 2018





















Mardi 27 Février 2018
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