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Homélie pour le 5e dimanche de Pâques 2018 (Année B) « Moi, je suis la vigne »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 29 avril 2018 Année B. Textes: Actes des Apôtres 9, 26-31, I Jean 3, 18-24 et Jean 15, 1-8.



L’évangile ce matin nous parle de vigneron, de vigne et de sarments. Ces images sont là pour nous éclairer sur ce que Dieu fait pour nous et pour le monde, comment il le fait et comment nous pouvons répondre. Jésus s’en sert dans ce sens-là.

Pour un québécois, ce sont des images qui ne sont pas familières. Il est plus habitué aux cultures nordiques : patates, tomates, concombres etc. C’est ce qui explique pourquoi j’ai fait une petite recherche pour entrer plus à fond dans les méandres de la culture de la vigne afin de mieux comprendre les explications de Jésus qui nous sont proposées dans la Parole de Dieu ce matin.

I –Description du travail d’un vigneron aujourd’hui comme hier

Un connaisseur m’a expliqué que la première chose dont se préoccupe le vigneron c’est la taille des vignes ou l'émondage. En effet, les vignes comme les tomates qu’on connaît bien chez nous produisent des repousses, des sarments, qui ressemblent aux gourmands des tomates. Il est nécessaire d’élaguer ces pousses pour que les meilleures puissent croître et se développer.

Une autre chose que le vigneron surveille dans la croissance la vigne ce sont les conditions dans lesquelles se développent des micro-organismes parfois bénéfiques comme ce qu’il est convenu d’appeler « les pourritures nobles » qui donneront au raisin sa qualité particulière.

Le vigneron s’intéresse aussi au sol qui entoure la vigne. Il le bêche par moments, il le draine, il l’enrichit au besoin. C’est de lui que viendra dans le raisin ce petit quelque chose qui fait qu’on identifie les vins à tel clos, à tel domaine ou à telle région.

Voilà trois points que j’ai retrouvés avec plaisir dans les explications de Jésus que nous venons de lire.

II - Les explications de Jésus sur le vigneron, la vigne et les sarments

Revoyons-les ensemble.

Premier point : la taille des vignes ou l'émondage. Jésus dit : « Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage ». On reconnaît là le soin particulier du vigneron pour sa vigne et Jésus l’applique à son Père. Cet agir du vigneron nous éclaire sur la vocation chrétienne. La personne baptisée qui suit Jésus est branchée sur lui comme le sarment sur la vigne. Ainsi elle entre dans la suite de Jésus. Ce chemin passe par la croix et l'abandon à la volonté du Père comme pour Jésus. La vie chrétienne est en mouvement. Elle est en croissance et comme la vigne elle a besoin que le vigneron taille parfois pour qu'elle produise beaucoup de fruits. C'est le mystère de la Mort et Résurrection du Christ que nous vivons tous et toutes à notre façon. « Chrétien, on le devient dans la mesure où la croix s’imprime en nous comme une marque "pascale" (cf. Apocalypse 14,1 ; 22,4), rappelait le pape François dans sa catéchèse de l'audience générale du mercredi 18 avril 2018, rendant visible même extérieurement, la manière chrétienne de faire face à la vie ». Comme Jésus les disciples connaîtront le rejet, la souffrance et la croix. Ainsi émondés ou purifiés, ils porteront davantage de fruits en vivant une relation personnelle avec Jésus, la Vigne dont ils sont les sarments.

Deuxième point : la croissance de la vigne dans de bonnes conditions. Nous avons vu qu'il circule dans la vigne différents organismes qui peuvent la nourrir, lui donner sa qualité particulière. Dans la vie chrétienne, il en va de même. Elle peut s'étioler ou se développer. La vigne qu’est Jésus est remplie de vie, de richesses de toutes sortes. Cette vie ne demande qu’à se transmettre. « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit ». Heureux seront les disciples qui comme les sarments bien nourris se laisseront remplir de cette vie et de cette sève ! Comment le faire ? Divers moyens nous sont proposés par l'Église : le premier est la prière qui nous rapproche de Dieu, le second la rencontre de nos frères et sœurs et le troisième le partage de ce que nous vivons. Prière, rencontre et partage sont la nourriture nécessaire pour que les sarments que nous sommes se développent et portent du fruit.

Troisième point : le sol. Pour le disciple de Jésus, le sol est constitué des paroles de Jésus. Il en a la diversité et la couleur. Ces paroles sont esprit et vie, ce sont les paroles de vie éternelle. « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. »

On pourrait continuer encore ces réflexions, mais j’aimerais souligner, dans un dernier point, le fil conducteur des trois lectures de ce matin.

III – Demeurer en lui

Ce fil conducteur m’est donné par une phrase qui revient quelques fois dans l’évangile : « Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit ».

Saul qui deviendra saint Paul et Barnabé qui l'accompagnait vivaient une union intime avec Jésus comme celle des sarments sur la vigne. Ils demeuraient en Lui. Et leur témoignage portait beaucoup de fruit. C’est ce que nous voyons dans leur prédication que nous rappelle la première lecture tirée des Actes des Apôtres. Ils racontaient leur rencontre de Jésus et ils le faisaient avec assurance, une assurance qui leur venait de cette expérience d’être branchés sur la vigne qu’est Jésus.

On a quelque chose de semblable dans la description de la vie des premières communautés chrétiennes que nous fournit la deuxième lecture. Elles aussi demeurent en Dieu. Elles le font en gardant les commandements du Seigneur dont le plus grand est celui de l’amour du prochain. « Or, voici son commandement, est-il écrit, mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ».

« Demeurer en Dieu, demeurer en Jésus ». Vous voyez que ce fil conducteur recoupe celui de l’évangile où nous sommes invités à rester et à demeurer branchés sur la Vigne qu’est Jésus. C’est dans cette union vécue simplement et dans la vie de tous les jours que se réalise la croissance d’une nouvelle vigne qui sera l’Église dont nous sommes les membres. En effet, on compare souvent l’Église à une vigne, car elle est le Corps du Christ. Membres de l’Église nous sommes invités à nous attacher à la vraie Vigne qu’est le Christ comme des sarments pour que sa présence soit manifestée au monde dans la vigne qu’est l’Église, signe et sacrement du salut comme le dit le Concile Vatican II.

Conclusion

Les lectures d’aujourd’hui nous ont permis un parcours des plus intéressants pour notre vie chrétienne. Malgré nos limites et nos faiblesses, la rencontre personnelle avec Jésus se fait de multiples façons et nous pouvons toutes et tous devenir, selon les expressions imagées du pape François, des saints et saintes « de la porte d'à côté » ou des saints et des saintes « de  la classe moyenne de la sainteté » (Gaudete et Exultate Exhortation sur la sainteté du pape François publiée le 9 avril 2018, n. 7).

Que cette Eucharistie par le partage du Corps et du Sang du Christ nous garde toujours de plus en plus unis à lui la vraie Vigne comme des sarments vigoureux en augmentant en nous la foi, l'espérance et la charité.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses javascript:void(0)
de l’Université Laval
Séminaire de Québec


24 avril 2018



















Mardi 24 Avril 2018
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