Carrefour Kairos Hermann Giguère Page personnelle

DERNIÈRES HOMÉLIES
Cliquez sur DERNIÈRES HOMÉLIES pour lire l'homélie du dimanche. Bienvenue!

           

Homélie pour le 6e dimanche du temps ordinaire Année B « Je le veux sois purifié…ne dis rien à personne »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 11 février 2018 Année B. Textes: Lévites 13,1-2.45-46, 1 Corinthiens 10,31-11,1 et Marc 1, 40-45 .



Guérison d'un lépreux (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture)
Guérison d'un lépreux (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture)
Nous continuons depuis la fête de l’Épiphanie à suivre le déroulement de la vie publique de Jésus comme on le dit communément. Les premiers disciples aimaient se rappeler ces événements car, sachant comme nous, que le protagoniste, Jésus, après un mort atroce sur la croix a été ressuscité par son Père qui l’a établi Seigneur, Seigneur et Sauveur de toute l’humanité, ils leur donnaient un sens que les personnes présentes sur place n’avaient pas toujours perçu.

Ainsi, disons pour faire bref, ils se racontaient les faits de la vie publique de Jésus en y joignant leurs interprétations éclairées par la lumière de la Résurrection de Jésus. C’est ce qui arrive dans le court récit que nous avons aujourd’hui.

I - Une autre guérison

Il commence en nous racontant un fait qui s’est produit au vu et au su de tous ceux et celles qui accompagnaient Jésus. Un pauvre lépreux se jette aux pieds de Jésus car il n’en peut plus d’être exclu et mis au rancart de la société comme c’était le cas chez les Juifs au temps de Jésus. La lèpre était considérée comme une punition pour les péchés, comme une impureté innommable dont on devait se protéger et comme une maladie honteuse. La première lecture en témoigne clairement.

Dans la scène relatée par saint Marc, Jésus se laisse approcher sans problème. Il impose les mains dans un geste de bénédiction. Le lépreux est guéri et Jésus lui dit d’aller se montrer aux prêtres pour suivre les recommandations contenues dans la Loi de Moïse.

Le récit de saint Marc aurait pu se terminer là car tous les détails de l’évènement y sont : les personnages (le lépreux et Jésus), l’action (la demande du lépreux et la réponse de Jésus), et le résultat (la guérison et la visite aux prêtres).

Pourtant, saint Marc en profite pour ajouter à son récit une touche postpascale qui nous place non plus sur le registre du Jésus historique, mais sur celui du Jésus Ressuscité et toujours vivant dans la communauté.

II – Une invitation postpascale

Regardons ces observations de plus près car, à première vue, elles semblent contradictoires. Jésus demande au lépreux de se taire et de ne pas parler de sa guérison. Pourtant il l’invite à aller se présenter aux prêtres pour une vérification des faits par eux. Le lépreux passe outre à la recommandation de Jésus et se met à proclamer que celui-ci l’a purifié.

Comment comprendre l’invitation de Jésus au lépreux et l’effacement que Jésus s’impose ? Pour Jésus il est important que les gens ne le prennent pas uniquement pour un thaumaturge ou un guérisseur et qu’ils ne s’attachent pas à lui seulement pour les miracles et les guérisons qu’il fait. C’est une préoccupation qui l’honore.

Mais, on peut penser aussi que cette préoccupation Jésus la porte en son cœur parce que tout n’est pas encore évident pour lui. Il a remis sa destinée entre les mains de son Père. Il en vit des moments forts. Il continue d'être à l’écoute. Quand Jean-Baptiste l’a désigné comme l’Agneau de Dieu à ses premiers disciples, il a été remué. Il a senti que sa route serait pleine de découvertes, mais semée d’embûches. Au moment où se passe la guérison, Jésus comme ses auditeurs et auditrices vit une aventure dont il soupçonne l’issue sans pour autant y être totalement encore plongé.

Après la résurrection de Jésus, tout deviendra clair et limpide pour les premiers chrétiens qui ont inspiré saint Marc. Ils savent que c’est Jésus qui est le Messie, le Sauveur annoncé. Sa mort l’a fait triompher de toute maladie, du péché qui écrasait l’humanité. Il est devenu pour toujours le Chemin, la Vérité et la Vie (Jean 14, 6). Il ne meurt plus.

III - Application

L’explication que je viens de vous donner de ce que les théologiens appellent le « secret messianique » me semble des plus intéressantes. Elle fait le lien entre le Jésus historique dont témoignent ceux et celles qui l’ont connu et le même Jésus ressuscité toujours vivant pour nous sauver.

Ce lien est toujours là quand nous lisons les évangiles, car ces admirables textes nous sont parvenus bien après les faits qu’ils racontent. Ils les revoient dans la lumière de Pâques qui révèle tout ce qui apparaissait caché. Il ne suffit pas de se rappeler des événements, il faut leur donner toute leur richesse porteuse de sens et de signification pour le monde où l’on vit. Toute lecture de l’Écriture est une façon de découvrir ce que l’Église et nous devons faire aujourd’hui pour annoncer la Bonne Nouvelle.

C’est que faisaient saint Marc et les premiers chrétiens. Saint Augustin va dans le même sens à la fin du Livre XII des Confessions où il souhaite que le Seigneur fasse voir aux chrétiens non seulement le sens que l'auteur a voulu mettre dans son texte, mais, à son gré, tout autre sens où pourra se reconnaître l'inspiration divine (voir le texte à la fin). Ainsi la Parole est toujours nouvelle pour ceux et celles qui la reçoivent dans l'écoute de l'Esprit.

Conclusion

La guérison du lépreux nous enseigne qu’à la suite de Jésus, avec la grâce de Dieu, le mal peut être vaincu. Les maux de notre monde si présents dans les médias et dans la réalité : guerres, oppressions, famines, déplacements, migrations etc. ne peuvent avoir le dernier mot sur notre espérance qui nous tourne avec confiance vers un monde meilleur.

C’est dans la foi que nous attendons ce monde meilleur. Comme disciples de Jésus, nous savons qu’il est commencé, qu’il est déjà là. Dans chaque Eucharistie nous le proclamons avec force après la consécration en chantant en réponse au « Il est grand le mystère de la foi » prononcé par le président de l’assemblée « Nous proclamons ta mort Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection et nous attendons ta venue dans la gloire. »

Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


6 février 2018

--------------------------------

Note de saint Augustin sur les sens de l'Écriture à la fin du Livre XII des Confessions. C'est nous qui soulignons.

CHAPITRE XXXII.
TOUS LES SENS VÉRITABLES PRÉVUS PAR LE SAINT-ESPRIT.

43. Enfin, Seigneur, qui n’êtes pas chair et sang, mais Dieu, si l’homme n’a pas tout vu, votre Esprit Saint, mon guide vers la terre des vivants (Ps. CXLII, 10), pouvait-il ignorer tous les sens de ces paroles dont vous deviez briser les sceaux dans l’avenir, quand même votre interprète ne les eût entendues qu’en l’un des sens véritables qu’elles admettent? Et, s’il est ainsi, la pensée de Moïse est sans doute la plus excellente. Mais, ô mon Dieu, ou faites-nous la connaître, ou révélez-nous cette autre qu’il vous plaira, et, soit que vous nous découvriez le même sens que vous avez dévoilé à votre serviteur, soit qu’à l’occasion de ces paroles, vous en découvriez un autre, que votre vérité soit notre aliment et nous préserve d’être le jouet de l’erreur.

Est-ce assez de pages, Seigneur mon Dieu, en est-ce assez sur ce peu de vos paroles? Et quelles forces et quel temps suffiraient à un tel examen de tous vos livres? Permettez-moi donc de resserrer les témoignages que j’en recueille à la gloire de votre nom; que, dans cette multiplicité de sens qui se sont offerts et peuvent s’offrir encore à ma pensée, votre inspiration fixe mon choix sur un sens vrai, certain, édifiant, afin que, s’il m’arrive de rencontrer celui de votre antique ministre, but où mes efforts doivent tendre, cette fidèle confession vous en rende grâces; sinon, permettez-moi du moins d’exprimer ce que votre vérité voudra me faire publier sur sa parole, comme elle lui a inspiré à lui-même la parole qui lui a plu. (500)

Traduction de M. Moreau sur le site des moines de l'Abbaye Saint Benoît de Port-Valais



















Mardi 6 Février 2018
Lu 784 fois




Actualités et documents | Allocutions et conférences | Homélies | Réflexions | Actualité SME Archives | SME-Info Archives | Nominations SME Archives | Année jubilaire François de Laval 2008 | Année sacerdotale | 350e du SME


Cliquez sur le nom de la rubrique au début de l'article pour avoir la liste des articles précédents dans la même rubrique.