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Homélie pour des funérailles : «Je ne sais pas, mais... je crois» (Éric-Emmanuel Schmitt)

Homélie donnée aux funérailles d'Émilien Vachon, architecte et ancien directeur de l'École d'architecture de la Faculté d’aménagement, d’architecture, d’art et de design de l'Université Laval, par Mgr Hermann Giguère P.H., confrère de classe, à l'église Saint Charles Garnier à Québec le 15 mars 2014. Textes de l'Écriture: Job, 19, 1.23-27a et Jean 11, 17-27.



Butchart's Gardens à Victoria B.C. Canada (Photo H. Giguère)
Butchart's Gardens à Victoria B.C. Canada (Photo H. Giguère)
Dans les textes de l’Écriture qui viennent d’être lus, on est mis en contact avec quatre personnes : Job, Lazare, Marthe et Jésus. Et à partir des témoignages donnés au début de notre célébration, j’ajouterais une cinquième personne : notre ami Émilien.

J’aimerais bien les entendre dialoguer ensemble. Je suis sûr qu’Émilien le fait déjà et qu’il a sûrement une ou deux bonnes réparties à son compte.

Si j’étais auteur dramatique, j’imiterais la dramaturge anglaise Bryony Lavery dans sa pièce de théâtre Frozen que Jeremy Peter Allen a traduite en français et qui se joue actuellement au théâtre de la Bordée à Québec. Je vous ferais entrer dans un espace mystérieux, rempli de questions, de dialogues percutants, mais, contrairement à Frozen, ouvert sur des horizons lumineux.

Ne vous inquiétez pas, je ne me transformerai pas en auteur dramatique ici ce matin. C’est à chacun et à chacune d’entre nous que je laisse le soin d’imaginer les dialogues qui pourraient être des plus intéressants.

Enseignement des textes choisis

Pour ma part je me contenterai, en bon homéliste, d’actualiser l’enseignement qui nous est donné dans les textes de l’Écriture ce matin et qui tient en quelques mots. Ceux de Job « Je sais que mon Libérateur est vivant » et ceux de Jésus à Marthe « Je suis la Résurrection et la Vie ».

Ces deux phrases nous plongent dans le monde lumineux de la foi en Jésus-Christ. Celle-ci ne s’identifie pas à la religion même si elle en fait partie. En effet, avoir la foi, c’est poser un acte libre, comme dit saint Thomas d’Aquin qui la définit comme un assentiment, « assensus cum cogitatione » (II-II, q.2 a.1), c’est prendre une décision qui éclaire le sens de sa vie.

Pourquoi faire ce choix, prendre cette décision?

Pour diverses raisons :

1) parce qu’on a reçu un patrimoine et un héritage qui continuent de nous habiter;
2) parce qu’on parcouru bien des chemins dans une recherche sérieuse du sens de sa vie;
3) parce qu’on a été fasciné par un témoin ou une personne significative et authentique;
4) parce qu’on a vécu une rencontre intérieure de Dieu comme saint Paul sur le chemin de Damas ou comme de grand convertis : Paul Claudel, Thomas Merton

Et plus près de nous Jean-Claude Guillebaud, un soixante-huitard français qui a renoué avec la foi de son enfance après 20 ans d’une carrière de journaliste bien remplie et qui a fait un récit émouvant de ce retour dans un livre qui a été un best seller en France : Comment je suis redevenu chrétien? ( Albin Michel, Paris, 2007, 196 p.) « Le Dieu redécouvert par Guillebaud, écrit Louis Cornelier dans le Devoir du 28-29 avril 2007, est le Dieu faible de la kénose, celui ‘qui laisse l’homme aux prises avec sa propre liberté' ». Je pourrais citer encore, parmi les contemporains, Éric-Emmanuel Schmitt, écrivain bien connu, qui a témoigné souvent de sa rencontre inoubliable de Dieu au désert du Sahara et qui répète à qui veut l’entendre : A la question : «Est-ce que Dieu existe ?», je réponds : «Je ne sais pas, mais... je crois». Je crois que Dieu est amour et qu'on ne peut l'aborder uniquement par la raison. Et j'habite le monde et son mystère avec la foi et l'espérance... « Je ne sais pas que Dieu existe. Je crois fortement qu’il existe. »

Voilà! La foi est une porte que tu décides d’ouvrir et qui te fait entrer dans un monde nouveau où ta vie se définit par des relations stimulantes avec toi-même, avec les autres et avec celui dont tu reconnais tenir ton être et ta vie.

Application 

C’est ce que Job comprends dans sa déchéance. Il a perdu toutes ses richesses et se retrouve sur la paille d’où l’expression populaire « pauvre comme Job ».

Mais son regard alors se détourne de l’avoir, de ses biens matériels, pour se poser sur les personnes, sur la personne de celui qu’il appelle son « Libérateur », qui est près de lui, qui est son rocher et son protecteur. En d’autres mots, il découvre qu’il est aimé de Dieu et qu’il n’est pas seul.

Émilien, j’en suis sûr, l’avait découvert aussi, car il a toujours mis au cœur de ses activités de toutes sortes, au cœur de sa famille un horizon élargi qui transcende le temps et l’espace, un horizon qui dépasse le visible et qui ouvre sur l’invisible.

Si nous écoutons Jésus maintenant, celui-ci se présente à Marthe comme le seul et unique nécessaire.

Les événements se succèdent dans nos vies, mais les dépouillements que sont la perte d’êtres chers et notre propre mort, n’emportent pas avec eux la certitude que la Vie n’est pas terminée, que la Vie ne se termine pas dans le noir. Nous pouvons affronter ces dépouillements avec confiance et dans l’espérance d’un ailleurs lumineux. Nous pouvons dire en vérité dans le fond de notre cœur une prière inspirée de la liturgie catholique qu’Émilien a portée en lui, j’en suis sûr, au moment de nous laisser et que je souhaite porter moi aussi dans mon cœur lorsque la mort se présentera pour moi.

« Maître et créateur de toute chose, accepte la vie que j’ai reçue de Toi. Tu me l’as donnée ici-bas sur la terre pour qu’elle devienne porteuse de vie éternelle. Seigneur, entre tes mains je remets mon esprit. »

Le dépouillement serein devant la mort fait partie de la vie. C’est dans la paix et la confiance que nous sommes tous invités à faire ce pas un jour.

Conclusion

Réunis ici à l’église, convoqués par celui que nous aimons, Émilien, nous pouvons partager ensemble, croyants et non-croyants, nous rappeler ce qu’il a été. Pour les croyants, nous nous rappelons aussi ce que celui qui inspire notre vie, Jésus-Christ, a été dans la vie d'Émilien et dans sa mort. Et selon la recommandation de Jésus lors de son dernier repas à la Cène, à travers le pain et le vin qui pour nous deviennent son Corps et son Sang nous rappelons sa Mort et sa Résurrection et nous célébrons la bonté et l’amour d’un Dieu qui nous attend toujours comme un Père aimant et miséricordieux. Très justement, la messe est appelée un banquet fraternel, elle est l’image de banquet éternel auquel nous sommes tous invités.

Amen!



Mgr Hermann Giguère, P.H.
Séminaire de Québec
15 mars 2014




Mercredi 12 Mars 2014
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