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Homélie pour le 10e dimanche du temps ordinaire Année C : « Ne pleure pas » (Luc 7, 11-17)

Homélie pour le 10e dimanche du temps ordinaire Année C le 5 juin 2016 par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec. Textes : I Rois 17, 17-24, Galates 1, 11-19 et Luc 7, 11-17.



La veuve de Naïm implorant Jésus de lui redonner son fils. Jean-Germain Drouais (1763-1788), peintre français de l'école de David. Domaine public.
La veuve de Naïm implorant Jésus de lui redonner son fils. Jean-Germain Drouais (1763-1788), peintre français de l'école de David. Domaine public.
Je vais commencer par une phrase à la manière de Charles Péguy. « Ce n'est pas votre peine et votre malheur que je veux, mais votre bonheur » dit Dieu. Comment peut-il alors abandonner cette pauvre veuve dont le seul soutien était un fils en santé, jeune et plein d'énergie? Et pourtant, la voici derrière son cercueil avec sa famille et des amis pour le porter en terre.

Jésus passe par là. Il est remué par ce cortège. Ce n'est sûrement pas la première fois qu'il voit un cortège funèbre, mais, cette fois-ci, il s'arrête. Regardons-le faire et entrons dans le message que le signe de la résurrection du fils de la veuve de Naïm nous révèle. Ce message tient en un mot : miséricorde. Jésus transmet ici à travers ce signe une image de Dieu que le mot miséricorde illustre parfaitement. Dans cette année jubilaire que le pape François a consacré à la miséricorde, arrêtons-nous pour essayer de nous imprégner de celle-ci à la suite de Jésus.

I - Le mot miséricorde

La miséricorde descend de l’amour comme les enfants descendent des parents. Il ne peut y avoir d’amour sans miséricorde. C’est pourquoi Dieu qui est Amour est aussi Miséricorde. En effet dans le sein de la Trinité où l’amour est tout, les « entrailles » de Dieu » [c’est le sens premier du mot hébreu hesed et du mot grec eleios qu’on a traduits par le mot miséricorde] sont celles d’un Père regardant son Fils qu’il aime et engendre dans l’amour qui est l’Esprit Saint. Dans ce mouvement d’amour naît comme une chaleur et une affection qui est la miséricorde. C’est « l’amour viscéral de Dieu » écrit le Père Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale depuis 30 ans [voir la référence à la fin du texte].

La miséricorde ne peut se séparer du mouvement d’amour en Dieu. « La miséricorde n’est rien d’autre qu’une nuance particulière de l’amour » précise le Père Cantalamessa [voir la référence à la fin du texte]. Ainsi lorsque l’amour de Dieu rejoint les êtres humains que nous sommes, il les enveloppe toujours de miséricorde.

C’est pourquoi, Jésus, le Fils de Dieu, dans ses gestes humains va montrer en plusieurs occasions, comme ici devant le cortège des funérailles du fils de la veuve de Naïm, son cœur miséricordieux. Jésus se fait un témoin et un messager de Dieu dont le nom est Amour et Miséricorde. Ses paroles « Ne pleure pas » à la mère éplorée l’illustrent à merveille. Son cœur est touché et ému devant la douleur de cette femme. Il ne peut passer sans s’arrêter.

II - Les gestes de miséricorde

Et que va-t-il faire ? Il pose un geste de miséricorde. Ce geste a un côté spectaculaire, car il s’agit de ramener quelqu’un à la vie, ce qui n’est pas peu dire. Mais le geste de Jésus ne vise pas ici à manifester sa puissance divine. Il est un geste de proximité humaine et fraternelle. Il est saisi de pitié.

Jésus dit par ce geste : « Écoutez, je suis à côté d’une misère que je puis soulager. Je laisse non seulement mon cœur être touché, mais je joins le geste à la parole. Et je dis ‘Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi’ pour que le voyant revenu à la vie, vous sachiez vous retourner vers vos frères et sœurs et ramener à la vie ceux et celles qui sont dans la peine et le malheur, à l’exemple du prophète Élie invoquant le Seigneur pour le fils de la veuve chez qui il logeait et le lui rendant vivant ».

Tels sont les gestes de miséricorde qui sont des gestes concrets qui nous rendent miséricordieux à l’image du Dieu Amour et Miséricorde que nous aimons et vénérons.

La tradition de l’Église en a fait une liste que le pape François nous invite à fréquenter : « La prédication de Jésus nous dresse le tableau de ces œuvres de miséricorde, pour que nous puissions comprendre si nous vivons, oui ou non, comme ses disciples » écrit-il dans Misericordiae Vultus, Bulle d’Indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde 11 avril 2015 au numéro 15. Cette liste comprend quatorze gestes qu’on appelle les œuvres de miséricorde. Ils sont répartis en sept gestes de miséricorde corporelle et sept gestes de miséricorde spirituelle.

Les œuvres de miséricorde corporelles sont :
- donner à manger aux affamés,
- donner à boire à ceux qui ont soif,
- vêtir ceux qui sont nus,
- accueillir les étrangers,
- assister les malades,
- visiter les prisonniers,
- ensevelir les morts.

Et les œuvres de miséricorde spirituelles sont:
- conseiller ceux qui sont dans le doute,
- enseigner les ignorants,
- avertir les pécheurs,
- consoler les affligés,
- pardonner les offenses,
- supporter patiemment les personnes ennuyeuses,
- prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

III – Application

L’évangile d’aujourd’hui où l’on voit Jésus miséricordieux nous stimule à être nous aussi selon le thème du Jubilé extraordinaire de la miséricorde : « Miséricordieux comme le Père ». Cet évangile et cette année jubilaire nous invitent à poser des gestes. La miséricorde n’est pas un concept ou une idée, elle n’a rien d’abstrait, elle se pratique dans la vie concrète. C’est autour de nous qu’on rencontre ceux et celles qui sont dans le doute, ceux et celles qui sont étrangers, ceux et celles qui sont malades etc. Il y a un espace d'application très vaste pour les cœurs miséricordieux.

À l’exemple de sainte Faustine Kowalska (190 5-1938), qui a reçu de Jésus la mission de développer la dévotion à la miséricorde divine, laissons-nous imprégner de cette miséricorde divine en répétant comme elle nous l’a enseigné dans son Journal : « Jésus, j’ai confiance en toi » [en polonais « Jezu Ufam Tobie »]. C’est lui qui par son cœur miséricordieux, le Sacré-Cœur, que nous avons fêté vendredi dernier, nous fera voir les gestes à poser selon nos possibilités et selon les circonstances

Conclusion

Que notre Messe aujourd’hui ouvre nos cœurs à ce mouvement d’amour et de miséricorde issu du cœur de Dieu qui nous a donné son Fils pour que nous puissions à notre tour devenir des fils et des filles de Dieu vivant dans l’action de grâces à la suite de Jésus sur les chemins du monde et reprenons ce refrain d’un vieux cantique encore bien populaire au Québec : « O Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre ».

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec

31 mai 2016



Raniero Cantalamessa o.f.m. cap., Le regard de la miséricorde. Petit traité sur la miséricorde de Dieu et celle de l’homme, Éditions des Béatitude, Paris, Paris, 2016, p. 21 et p. 9


Mardi 31 Mai 2016
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