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Homélie pour le 30e dimanche du temps ordinaire Année A « Le grand commandement »

Homélie pour le 30e dimanche du temps ordinaire Année A « Le grand commandement » par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec, le 29 octobre 2017. Textes: Exode 22, 20-26, I Thessaloniciens 1,5c-10 et Mathieu 22, 34-40.



« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Mathieu 22, 35 (Domaine public)
« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Mathieu 22, 35 (Domaine public)
Dans le système parlementaire britannique qui est le nôtre au Québec et au Canada, on appelle les partis d’opposition la « Loyale Opposition de Sa Majesté » et à Ottawa, la capitale du Canada, le chef de l’opposition officielle jouit même d’une demeure et d’un budget de fonction.

S’il en est ainsi c’est qu’on considère dans notre système démocratique que l’opposition par ses questions et ses interventions permet d’en connaître plus sur les véritables intentions du gouvernement.

Toutes proportions gardées, dans les passages des derniers dimanches que l’évangile selon saint Mathieu nous a racontés, les opposants à Jésus par leurs questions - souvent dans le but de l’embêter comme celle sur le paiement de l’impôt à l’empereur romain– jouent un rôle similaire. C’est grâce à ces interventions que Jésus livre l’originalité de son message,

Nous en avons un autre exemple ce matin avec la question sur le grand commandement.

I - Une nouveauté?

Commençons par noter que la réponse de Jésus faisant état de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain à placer au cœur de son message reprend des invitations que déjà l’Ancien Testament proposait au peuple d’Israël.

Ainsi dans la fameuse prière du Schema Israël [en français : Écoute Israël] que les Juifs récitent encore deux fois par jour aujourd’hui, on dit : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. (Deutéronome 6, 4-5). Et dans le livre des Lévites, parmi de nombreuses recommandations pratiques, on trouve celle-ci : « Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur. » (Lévitique 19, 18).

Vous voyez que la réponse de Jésus a un côté qui ne surprend sûrement pas ses auditeurs. Ils connaissent déjà ces commandements. Leur question « Quel est le grand commandement ? » vise à ce que Jésus leur indique dans les 613 commandements qu’ils recensaient dans les Écritures lesquels viennent en premier. Voilà la question.

La réponse de Jésus sans les surprendre va apporter un éclairage à cet ensemble de prescriptions qu’on appelait des commandements et qui étaient répartis dans les divers livres des Écritures qu’on nommait la Loi et les Prophètes.

II - Le pivot de toute la Loi et les Prophètes

En référant à ces enseignements de la Loi et des Prophètes, Jésus leur donne une orientation nouvelle. Cette nouveauté réside dans la jonction essentielle entre les deux commandements qu’il rappelle. Réécoutons la réponse de Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes ».

Dans cette réponse deux mots expriment la nouveauté apportée par Jésus « semblable » et « dépend ».

Jésus met un lien insécable et indéfaisable entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Il refuse de répondre aux pharisiens en mettant une priorité. L’un et l’autre commandement sont unis de telle sorte que l’un ne va pas sans l’autre.

Les premiers chrétiens l’ont compris dès les débuts de l’Église et la première lettre attribuée à l’apôtre saint Jean le proclame dans un texte percutant que vous avez sûrement entendu et retenu et que je vous cite. « Si quelqu’un dit : ‘ J’aime Dieu’, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » (I Jean 4, 20-21).

L’enseignement de Jésus ne peut être mieux résumé.

L’autre terme que j’ai noté pour nous dans la réponse de Jésus c’est le mot « dépend » : « De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes ».

Le mot « dépend » traduit un mot grec qui implique que tout se tient ensemble et que l’une ou l’autre des parties ne peut être isolée. Tout se résume dans ces deux commandements, non pas que les autres disparaissent, mais parce qu’ils les inspirent tous et leur donnent sens.

Toutes les Écritures, toute la Parole de Dieu, ne peut se lire, se comprendre, se vivre en dehors de cette perspective. Le mouvement vertical – l’amour de Dieu – et le mouvement horizontal – l’amour du prochain – se croisent et se confondent comme les deux bras de la Croix.

III – Le chemin de l’amour vrai

Le chemin de l’amour de Dieu et du prochain prend sa source en Dieu lui-même qui est Amour.

Quant à nous, l’amour est un chemin constitué d’étapes que nous découvrons et vivons dans les situations concrètes de notre vie de couple, de célibataire, de consacré.

Pour toutes et pour tous, ce chemin les amène à quitter le registre d’un amour égoïste où l’on aime l’autre (Dieu ou le prochain) pour ce que cela nous rapporte, pour notre bénéfice personnel, pour les dons qu’on reçoit. Saint Bernard, un grand docteur de l’Église, qualifie cet amour d’amour servile ou intéressé. Il incite à marcher petit à petit vers un amour désintéressé où c’est l’autre en lui-même qui est l’objet de notre amour. Cet amour saint Bernard l’appelle amour filial et fraternel qui peut s’épanouir jusqu’au sommet de l’amour mystique.

Ce chemin de l’amour nous y sommes engagés depuis notre baptême. Le chrétien est un être que Dieu a rempli de son amour (que saint Paul appelle Agapè) pour qu’il en vive et témoigne ainsi que notre Dieu est Amour.

C’est donc une Bonne nouvelle qui retentit pour nous aujourd’hui. Suivre Jésus n’est pas une affaire compliquée, remplie de prescriptions, de commandements de toutes sortes. Suivre Jésus c’est aimer comme Lui, aimer comme Dieu notre Père aime ses enfants les regardant avec des yeux toujours remplis de bonté, de compassion et de miséricorde.

Conclusion

Prenons conscience ce matin que nous sommes tous aimés de Dieu et que cet amour nous grandit et nous permet d’aimer nous aussi comme lui.

Que cette Eucharistie vienne par la communion au Corps et au Sang du Christ enraciner en nous l’amour éternel du Père pour chacun et chacune de nous et rendons lui grâces de ce don merveilleux.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


24 octobre 2017


















Mardi 24 Octobre 2017
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