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Trois fissures qui font réfléchir...

Rélfexions d'un professeur à la retraite sur l'originalité du christianisme et sur l'intervention du pape Benoît XVI à Ratisbonne qui a suscité tant de réactions dans le monde musulman.



Une interrogation...
Une interrogation...
Trois fissures, immensément profondes et apparemment impossibles à combler, fracturent l'unité de l'humanité. Je les exprime ici en citant quelqu'un qui fut, à son propre étonnement et qu'on l'aime ou non, un des penseurs les plus sérieux de l'histoire de l'humanité, saint Paul: "...Il n'y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme..." affirmait-il un jour de façon tranchante. Les points de suspension dans la citation sont d'une énorme importance, j'y reviendrai.

« Juifs – Grecs » : ce sont les religions; « esclaves - hommes lbres »: ce sont les classes sociales; « hommes – femmes » : ce que l'on sait. Différences religieuses, différences sociales et différences sexuelles qui deviennent souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, occasions de division, de domination et d'asservissement. Si nous pouvions les transformer en lieux privilégiés de ré-conciliation, de fraternité et d'unité! Mais comment s'y prendre?

L'autre jour, le Pape Benoit XVI était à l'université de Ratisbonne (Regensburg, comme ils disent par là). Je suis déjà allé, on y trouve ce qu'on peut imaginer de meilleur comme faculté de théologie, c'est du moins ce qu'ils disent, comme le dit d'ailleurs d'elle-même toute faculté de théologie allemande qui se compare aux autres. Alors mon pape n'a pu faire autrement que d'entrer dans l'univers qui fut jadis le sien et que, forcément, il aime bien. Et il n'a pu faire autrement que de succomber un tant soit peu à la tentation de la virtuosité intellectuelle, qui est le péché mignon de tout universitaire. Évoquer un dialogue entre un empereur de Byzance et un savant musulman absents des mémoires universitaires depuis si longtemps: pouvait-on imaginer quoi que ce soit de plus pétillant, dans cette auguste assemblée de professeurs en toges! Les auditeurs ont bien apprécié, totalement inconscients que, à cause du Pape, ce qui se déroulait dans leur enceinte paisible était épié par les médias du monde entier. Le Pape, lui, devait le savoir. Il est toujours épié, quoi qu'il fasse, quoi qu'il veuille.

Ce que le pape a dit n'était certes pas mauvais; la citation qu'il a faite non plus. Il ne devrait pas dire qu'elle ne reflétait pas sa pensée. La violence jusqu'à la mort de l'autre, pour lui imposer la foi en Dieu, est la chose plus irrationnelle qu'on puisse imaginer; et la plus ignoble, quand on sait que Dieu est Amour, ce que le Pape proposait comme la conviction la plus intense qui l'habitait au début de son pontificat.

C'est ainsi que j'en reviens enfin aux points de suspension de ma citation du début. Je dévoile ce qu'ils cachaient: " Oui, vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, car tous, vos n'êtes qu'un en Jésus Christ". Il Pour un chrétien plongé dans l'univers du Christ, les différences étaient devenues des champs de réconciliation. Je dis bien: pour un chrétien. C'est l'affaire des chrétiens.

Je ne tiens pas à ce que notre Pape parle des autres religions, des autres façons d'entrer en relation avec Dieu qu'ont découvertes d'autres êtres humains. Chacune d'entre elles constitue un mystère de foi bien difficile à lire et à déchiffrer quand on ne la partage pas. Je veux de mon Pape qu'il ne parle que comme un chrétien. Je veux qu'il ne parle que de la relation à Dieu qu'il connaît d'expérience, celle qui se fait par le Christ, Jésus de Nazareth, le Crucifié que Dieu a glorifié parce qu'il avait bien fait ce qu'il avait à faire. Il n'a pas tué, il s'est fait tuer. Il ne s'est pas vengé, il a pardonné. Il n'a jamais tué quelqu'un. Mais il a tué quelque chose: la haine. Il l'a aspirée, il l'a enfouie en lui. En sa personne il a tué la haine. Par ses paroles de détresse, d'abandon et de pardon sur la croix, par son corps livré et son sang versé dont nous, les chrétiens, nous faisons mémoire chaque fois que nous nous réunissons et que nous pensons à lui.

Voilà ce que tout chrétien a à dire au monde: le Dieu auquel il croit, celui que Jésus de Nazareth lui a appris. Et sa conviction qu'il y a plus d'avenir pour le monde dans l'amour que dans la haine.

A chacun de présenter sa foi sans porter de jugement sur la foi de l'autre. Nous, les chrétiens, nous avons à dire la foi en Dieu que nous avons découverte en nous mettant à la suite de Jésus de Nazareth. Cette foi que nous avons si mal servie dans l'histoire et dont nous ne serons jamais de fiers et parfaits témoins. Mais cette foi que nous trouvons belle. Cette foi qui nous amène à présenter l'amour comme étant l'avenir du monde. En étant convaincus, parce que Jésus nous l'a appris, que voilà ce qui plaît à Dieu.

Dieu...Yahvé... Allah... Ô Toi l'au-delà de tout, tu as tous les noms, comment te nommerai-je? Et Jésus me répond, en pensant à tous mes frères et sœurs de la terre: Abba!

Lucien Robitaille, prêtre,
professeur émérite à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval

Tiré de Patorale-Québec octobre 2006 vol 118 numéro 9 p. 31

Autorisation de publication du directeur de Pastorale-Québec, l’abbé René Tessier, le 14 novembre 2006

Mardi 14 Novembre 2006
Lucien Robitaille
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