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Méditation pour le Vendredi Saint

Méditation sur le Vendredi Saint par Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari, décédée à 88 ans le 14 mars 2008. Sa vie fut un "hymne à l'amour de Dieu" a déclaré le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État, à l'homélie de la messe des funérailles qu'il a présidée en la basilique Saint-Paul-Hors-les-Murs, à Rome le 18 mars 2008.



Chemin de la croix (5e station): le portement de la croix par Jérôme Bosch
Chemin de la croix (5e station): le portement de la croix par Jérôme Bosch
Le Vendredi saint, Jésus nous donne, par sa mort, une leçon sublime, divine, héroïque sur l'amour. Il avait tout donné: sa vie auprès de Marie dans la pauvreté et l'obéissance. Trois années de prédication où il a révélé la Vérité, rendu témoignage au Père, promis l'Esprit Saint et fait toutes sortes de miracles d'amour.

Trois heures sur la croix d'où il pardonne à ses bourreaux, ouvre au larron les portes du Paradis, nous donne sa Mère ( lire te texte de l'hymne Stabat Mater) et finalement son Corps et son Sang qu'il nous avait peu avant mystiquement donnés dans l'Eucharistie. Il lui restait sa divinité.

Son union avec le Père, sa très douce et ineffable union avec lui, qui l'avait rendu si puissant sur la terre en tant que Fils de Dieu et si royal sur la croix, ce sentiment de la présence de Dieu devait disparaître de son âme; l'union ne devait plus être ressentie; il devait se sentir désuni en quelque sorte de Celui avec qui il affirmait être un: "Le Père et moi nous sommes un" (Jean 10,30). En lui l'amour était anéanti. La lumière éteinte. La Sagesse se taisait.

Il s'est donc fait rien pour nous faire participer au Tout. Ver de la terre (cf. Psaume 22,7) pour faire de nous des fils de Dieu. Nous étions séparés du Père.

Il était nécessaire que le Fils, en qui nous sommes tous récapitulés, éprouvât la séparation du Père. Il devait expérimenter l'abandon de Dieu pour que nous ne soyons jamais plus abandonnés (lire les textes sur la "Nuit de Mêre Teresa"). Il avait enseigné que personne n'a de plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis.

Lui, la Vie, donnait tout de lui-même. C'était le sommet, la plus belle expression de l'amour.

Son visage est caché derrière les multiples souffrances de nos vies qui ne sont rien d'autre que Lui. Oui, parce que Jésus abandonné est l'image du muet: il ne sait plus parler. Il est l'image de l'aveugle: il ne voit pas; du sourd: il n'entend pas. C'est l'homme épuisé qui gémit. Il est au bord du désespoir. Il est l'affamé d'union avec Dieu. C'est l'image du désenchanté, du trahi, on dirait un raté. Il représente le peureux, le timide, le désorienté. Jésus abandonné est ténèbres, mélancolie, contradiction. Il est l'image de tout ce qui est étrange, incompréhensible, de ce qui est à la limite du monstrueux, car c'est un Dieu qui crie: "Au secours!". Il est le solitaire, le délaissé... Il apparaît inutile, exclu, traumatisé...

Nous pouvons donc le reconnaître en chaque frère souffrant. Alors, en approchant ceux qui lui ressemblent, nous pouvons leur parler de Jésus abandonné.

Et pour ceux qui se voient semblables à lui et acceptent de partager son sort, il devient: pour le muet, la parole; pour l'ignorant, la réponse; pour l'aveugle, la lumière; pour le sourd, la voix; pour l'épuisé, le repos; pour le désespéré, l'espérance; pour celui qui est séparé des siens, l'unité; pour l'anxieux, la paix. Grâce à lui, les personnes se transforment et le non-sens de la souffrance acquiert un sens. Il avait crié sa question à laquelle nul n'avait répondu, afin que nous ayons une réponse à chacune de nos questions. Le problème de la vie humaine est la souffrance. Quelle que soit sa forme, aussi terrible soit-elle, nous savons que Jésus l'a prise sur lui et transforme, par une alchimie divine, la souffrance en amour. Je peux dire par expérience que dès que nous accueillons avec joie une souffrance, pour être comme lui, puis nous continuons à aimer en faisant la volonté de Dieu, la douleur, si elle est spirituelle, disparaît, et si elle est physique, son joug devient plus léger.

Notre amour pur, au contact de la souffrance, la transforme en amour; d'une certaine façon, il la divinise, comme si se poursuivait en nous si l'on peut s'exprimer ainsi la divinisation que Jésus a faite de la souffrance. Et, après chaque rencontre avec Jésus abandonné aimé ou accepté, je trouve Dieu de façon nouvelle, dans un rapport plus intime, plus ouvert, dans une unité plus pleine.

La lumière et la joie resplendissent à nouveau; et avec la joie, la paix qui est le fruit de l'Esprit. La lumière, la joie, la paix particulières, qui émanent de ceux qui étreignent la souffrance, frappent même les personnes les plus difficiles et les désarment. Cloués sur la croix, nous devenons mères et pères d'âmes. Son effet est donc une grande fécondité. Comme l'écrit Olivier Clément: "Et l'abîme un instant ouvert s'emplit du grand Souffle de la résurrection".

Les manques d'unité disparaissent, les déchirures sont recousues, la fraternité universelle resplendit, on assiste à des miracles de résurrection, un nouveau printemps naît dans l'Église et dans l'humanité.

En complément voici les mots du pape François lors de l'Ostension du Saint Suaire le 30 mars 2013 Samedi saint, de 17h15 à 18h40, en la cathédrale de Turin. On a exposé de façon exceptionnelle le Saint Suaire. Cette initiative a lieu dans le cadre de l’Année de la foi proclamée par le Pape Benoît XVI. Cette ostension a été retransmise par la RAI en mondiovision. "Se laisser regarder" par l'Homme du suaire de Turin, c'est ce que recommandait le pape François à cette occasion. "Laissons-nous donc rejoindre par ce regard, qui ne cherche pas nos yeux mais notre coeur", a dit le pape François.

Message du pape François à l'issue de la vénération

Chers frères et soeurs,

Je me place, moi aussi avec vous devant le Saint Suaire, et je remercie le Seigneur qui nous offre cette possibilité avec les moyens d’aujourd’hui.

Même si cela se fait sous cette forme, il ne s’agit pas d’une simple observation, mais d’une vénération, c’est un regard de prière. Je dirais davantage : c’est un se laisser regarder. Ce Visage a les yeux clos, c’est le visage d’un défunt, et pourtant mystérieusement il nous regarde, et dans le silence il nous parle.

Comment est-ce possible ? Comment se fait-il que le peuple fidèle, comme vous, veuille s’arrêter devant cette Icône d’un Homme flagellé et crucifié ? Parce que l’Homme du Suaire nous invite à contempler Jésus de Nazareth. Cette image – imprimée dans la toile – parle à notre coeur et nous pousse à gravir le Mont du Calvaire, à regarder le bois de la croix, à nous immerger dans le silence éloquent de l’amour.

Laissons-nous donc rejoindre par ce regard, qui ne cherche pas nos yeux mais notre coeur.

Écoutons ce qu’il veut nous dire, dans le silence, en passant au-delà de la mort même. À travers le Saint Suaire nous parvient la Parole unique et ultime de Dieu : l’Amour fait homme, incarné dans notre histoire ; l’Amour miséricordieux de Dieu qui a pris sur lui tout le mal du monde pour nous libérer de sa domination.

Ce Visage défiguré ressemble à tant de visages d’hommes et de femmes blessés par une vie qui ne respecte pas leur dignité, par des guerres et des violences qui frappent les plus faibles. Pourtant le Visage du Suaire communique une grande paix ; ce Corps torturé exprime une souveraine majesté.

C’est comme s’il laissait transparaître une énergie contenue mais puissante, c’est comme s’il nous disait : aies confiance, ne perd pas l’espérance ; la force de l’amour de Dieu, la force du Ressuscité vainc tout.

Pour cela, contemplant l’Homme du Suaire, je fais mienne, en ce moment, la prière que saint François d’Assise prononça devant le Crucifié :

Dieu Très-Haut et glorieux,

viens éclairer les ténèbres de mon coeur ;

donne-moi une foi droite, une espérance solide et une parfaite charité ;

donne-moi de sentir et de connaître, Seigneur,

afin que je puisse l’accomplir, ta volonté sainte qui ne saurait m’égarer. Amen.

Grâce à un système mis au point par le FBI afin de retrouver les personnes disparues, les ingénieurs de la NASA ont effectué un "portrait-robot" du corps de l'homme révèlé par le Suaire de Turin.
Grâce à un système mis au point par le FBI afin de retrouver les personnes disparues, les ingénieurs de la NASA ont effectué un "portrait-robot" du corps de l'homme révèlé par le Suaire de Turin.

Vendredi 25 Mars 2016
Chiara Lubich
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