Avec l'autorisation du rédacteur en chef de la revue Pastorale Québec, monsieur l'abbé René Tessier, je vous présente en primeur mon article sur l' Exhortation apostolique du pape François portant sur la sainteté qui paraîtra dans le numéro de mai de la revue Pastorale Québec. Merci à René pour cette autorisation qui me permet de rendre disponible cet article aux internautes qui fréquentent mon site internet. Bonne lecture!


Crédits photo : H. Giguère
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En lisant, l’Exhortation apostolique du pape François sur la sainteté intitulée Gaudete et Exultate (Soyez dans la joie et l’allégresse), je me suis retrouvé dans une spiritualité que j’aime et qui m’a rappelé la spiritualité de saint François de Sales et celle de Charles de Foucauld proposée par le Père Voillaume qui ont nourri mes années de Grand Séminaire et par la suite toute ma vie de prêtre. Quelle belle surprise ! Mais en fait, à la réflexion, on se dit qu’il ne pouvait en être autrement.

L’appel universel à la sainteté

Le pape François ici ne fait que reprendre dans ses mots et dans le contexte d’aujourd’hui un fil conducteur, héritage de Vatican II, qui est celui de l’appel universel à la sainteté que la Constitution sur l’Église dessine vigoureusement dans le chapitre cinq qui porte ce titre.

Sur ce sujet, le pape prend la peine de référer à saint François de Sales – ce qui me réjouit vous le comprendrez – car ce dernier est celui qui a milité pour accréditer ce qui nous paraît maintenant évident, à savoir que la sainteté n’est pas réservée aux personnes qui entrent dans une communauté religieuse ou un groupe spirituel précis. La sainteté est pour les gens qui vivent « ès villes, ès ménages, en la cour, et qui par leur condition sont obligés de faire une vie commune quant à l'extérieur » écrivait saint François de Sales dans sa préface au best-seller que fut l’Introduction à la vie dévote. Le pape nous invite à aller dans le même sens en considérant « la grande nuée de témoins » qui nous incitent à continuer de marcher vers le but. « Et parmi eux, écrit-il, il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Tm 1, 5). Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur. » (GE 3) Il les appelle « les saints de la porte d’à côté » ou « la classe moyenne de la sainteté » (GE 7).

Le pape François a choisi de parler de la sainteté pour tous et toutes sur un ton familier rempli d’interpellations directes aux lecteurs et lectrices et dans une perspective d’accompagnement. Il met au premier plan le discernement et l’écoute de l’Esprit qui indiquent à chacun et à chacune les voies où Dieu l’attend (GE 166 et suivants). Pour lui une vie sainte n’est pas simplement une vie vertueuse dans le sens qu’elle favorise la pratique des vertus en général, mais elle est sainte parce qu’elle sait accueillir l’action de l’Esprit Saint. « Ce qui importe, écrit-il, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Co 12, 7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui. Nous sommes tous appelés à être des témoins, mais il y a de nombreuses formes existentielles de témoignage. De fait, quand le grand mystique saint Jean de la Croix écrivait son Cantique spirituel, il préférait éviter des règles fixes pour tout le monde et il expliquait que ses vers étaient écrits pour que chacun en tire profit à sa manière En effet, la vie divine se communique aux uns ‘‘d’une manière [et aux] autres d’une autre’’. » (GE 11)

La structure de l’Exhortation

Pour rester sur le terrain de l’appropriation personnelle et communautaire incarnée dans notre temps et nos défis particuliers, le pape utilise à de nombreuses occasions comme il l’avait fait dans Laudato si’, son encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, des citations et des renvois à des déclarations de divers épiscopats (l’épiscopat du Canada est cité au numéro 99) et d’auteurs contemporains comme Urs von Balthasar et le cardinal Martini, par exemple, et un laïc français, Joseph Malègue, qui est un de ses inspirateurs.

La structure de cette Exhortation n’a rien d’extraordinaire. Le pape François nous avertit qu’il ne faut pas s’attendre à un traité sur la sainteté. « Mon humble objectif, écrit-il, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. » (GE 2) Le pape suit un plan en cinq chapitres : 1) l’appel à la sainteté, 2) deux ennemis subtils de la sainteté, 3) à la lumière du Maître : les béatitudes 4) quelques caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel et 5) combat, vigilance et discernement. Ce plan lui permet de faire des considérations sur la sainteté en général, sur les façons de la vivre, sur ses difficultés, mais aussi sur ses fruits de toutes sortes dans le monde actuel.

Il le fait en bon jésuite et il ne se cache pas de cette inspiration qu’on respecte. Ainsi sur la traditionnelle question du rapport entre la vie contemplative et la vie active, il apporte la réponse d’Ignace de Loyola : « contemplatif dans l’action », mais il prend bien soin de ne pas séparer la prière de l’action. Après avoir cité la description de la prière par Thérèse d’Avila « un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé », le pape continue en disant « je voudrais insister sur le fait que ce n’est pas seulement pour quelques privilégiés, mais pour tous… Dans le silence, il est possible de discerner, à la lumière de l’Esprit, les chemins de sainteté que le Seigneur nous propose. Autrement, toutes nos décisions ne pourront être que des ‘‘décorations’’ qui, au lieu d’exalter l’Évangile dans nos vies, le recouvriront ou l’étoufferont. » (GE 149 et 150) Puis, le pape interpelle la personne qui le lit comme il le fait en plusieurs endroits: « J’ose donc te demander : Y a-t-il des moments où tu te mets en sa présence en silence, où tu restes avec lui sans hâte, et tu te laisses regarder par lui ? Est-ce que tu laisses son feu embraser ton cœur ? Si tu ne lui permets pas d’alimenter la chaleur de son amour et de sa tendresse, tu n’auras pas de feu, et ainsi comment pourras-tu enflammer le cœur des autres par ton témoignage et par tes paroles ? » (GE 151)

Deux tendances qui peuvent devenir néfastes

Pourquoi ne pas noter ici un trait typique des interventions du pape François qui se retrouve dans ce document ? Dans son langage imagé, il ne se gêne pas pour s’en prendre nommément aux ennemis visibles ou cachés qui guettent celui ou celle qui désire s’ouvrir de plus en plus à la rencontre de Dieu.

Ces « ennemis subtils » se répartissent en deux camps. Le premier camp est celui de la tendance gnostique (GE 36 à 46) où on s’égare et se perd dans les nuages, décrochés du réel de la vie courante. « Il s’agit, écrit le pape, d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut. » (GE 36)

Le second camp est celui de la tendance pélagienne (GE 47 à 59) où on se fie sur soi-même et ses propres moyens pour avancer dans la vie spirituelle et que le pape récuse ainsi : « C’est seulement à partir du don de Dieu, librement accueilli et humblement reçu, que nous pouvons coopérer par nos efforts à nous laisser transformer de plus en plus. Il faut d’abord appartenir à Dieu. » (GE 56) Il tance ensuite les nouveaux pélagiens : « Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre. Cela se produit quand certains groupes chrétiens accordent une importance excessive à l’accomplissement de normes, de coutumes ou de styles déterminés. De cette manière, on a l’habitude de réduire et de mettre l’Évangile dans un carcan en lui retirant sa simplicité captivante et sa saveur. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme, parce que cela semble soumettre la vie de la grâce à quelques structures humaines. » (GE 58)

Les béatitudes : la carte d’identité du chrétien

La sainteté chrétienne est faite de rencontres de toutes sortes qui traduisent dans des faits et gestes de tous les jours la rencontre du Christ Ressuscité. Le pape insiste pour montrer où adviennent ces rencontres et comment. Pour le faire, il développe un commentaire stimulant des béatitudes qui sont le centre de la sainteté chrétienne. « À travers celles-ci, écrit le pape, se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur. » (GE 63 et 64)

Sa préoccupation constante dans ce commentaire est celle d’un accompagnateur qui invite les personnes auxquelles il s’adresse à faire le chemin par elles-mêmes pour entrer dans cette voie des béatitudes.
Je ne m’arrête pas plus longuement sur les considérations liées à chaque béatitude, ce qui déborderait le cadre de ces réflexions. Qu’il suffise de souligner que vivre les béatitudes, dit le pape, c’est rencontrer Jésus lui-même et, comme on s’y attend, il cite le chapitre 25 de l’évangile selon saint Mathieu qu’il appelle le « grand critère » pour juger de la sainteté. « Le texte de Matthieu 25, 35-36 ‘‘n’est pas une simple invitation à la charité ; c’est une page de christologie qui projette un rayon de lumière sur le mystère du Christ’’. Dans cet appel à le reconnaître dans les pauvres et les souffrants, se révèle le cœur même du Christ, ses sentiments et ses choix les plus profonds, auxquels tout saint essaie de se conformer, de les accepter et de les recevoir avec une ouverture d’esprit sincère, ‘‘sine glossa’’, autrement dit, sans commentaire, sans élucubrations et sans des excuses qui les privent de leur force. » (GE 96)

Choix de conseils

En terminant, je me permets de vous partager simplement un choix de conseils qui se retrouvent dans les chapitres quatre et cinq.

- « Le témoignage de sainteté, dans notre monde pressé, changeant et agressif, est fait de patience et de constance dans le bien. C’est la fidélité de l’amour. » (GE 112)

- « Le saint ne consacre pas ses énergies à déplorer les erreurs d’autrui … Il n’est pas bon pour nous de regarder de haut, d’adopter la posture de juges impitoyables, d’estimer les autres indignes et de prétendre donner des leçons constamment. » (GE 116 et 117)

- « Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Sans perdre le réalisme, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance. » (GE 122)

- « Nous avons besoin de l’impulsion de l’Esprit pour ne pas être paralysés par la peur et par le calcul, pour ne pas nous habituer à ne marcher que dans des périmètres sûrs. Souvenons-nous que ce qui est renfermé finit par sentir l’humidité et par nous rendre malades. » (GE 133)

- « La sanctification est un cheminement communautaire, à faire deux à deux … Souvenons-nous […] du récent témoignage des moines trappistes de Tibhirine (Algérie), qui se sont préparés ensemble au martyre. » (GE 141)

- « Regarde ton histoire quand tu pries et tu y trouveras beaucoup de miséricorde. En même temps, cela alimentera ta conscience du fait que le Seigneur te garde dans sa mémoire et ne t’oublie jamais. » (GE 153)

- « Rappelons-nous toujours que le discernement est une grâce. Bien qu’il inclue la raison et la prudence, il les dépasse parce qu’il s’agit d’entrevoir le mystère du projet unique et inimitable que Dieu a pour chacun, et qui se réalise dans des contextes et des limites les plus variés… Il ne requiert pas de capacités spéciales ni n’est réservé aux plus intelligents ou aux plus instruits, et le Père se révèle volontiers aux humbles (cf. Mt 11, 25). » (GE 170)

Conclusion

En conclusion, je retiens cette invitation du pape qui se termine par une citation célèbre de Léon Bloy : « N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme disait Léon Bloy, dans la vie ‘il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints’. » (GE 34)

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
15 avril 2018


Article de la revue Pastorale Québec de mai 2018
Publié avec l'autorisation de la revue
La force et la puissance de la joie au cœur de la sainteté chrétienne  Réflexions sur l’Exhortation apostolique Gaudete et Exultate du Pape François publiée le 9 avril 2018


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