Si la promotion des droits humains « est l’une des plus grandes contributions que l’Europe a offerte et offre encore au monde entier », il faut cependant veiller à ce qu'ils ne deviennent pas « des droits individualistes », a déclaré le pape François au Conseil de l'Europe, qui est la principale organisation de défense des droits de l'homme du continent.


Le pape François s'adressant au Conseil de l'Europe à Strasbourg le 25 novembre 2014 (Crédits photo AFP)
Le pape François s'adressant au Conseil de l'Europe à Strasbourg le 25 novembre 2014 (Crédits photo AFP)
Le Conseil de l'Europe réunit 47 pays européens pour un total de 800 000 d'habitants. Il est compose de plusieurs organismes dont la Cour européenne des droits de l'homme qui siège à Strasbourg. Après sa visite au Parlement européen, le pape François a gagné vers midi le siège du Conseil de l'Europe qui est, précisons-le, un institution distincte de l'Union européenne. Après l'accueil du Secrétaire Général monsieur Thorbjorn Jagland, de madame Anne Brasseur, présidente de l'Assemblée, et des membres du Comité ministériel, il a gagné l´hémicycle pour s'adresser à l'ensemble des composantes du Conseil, son Assemblée Parlementaire, les Représentants des pays membres et les Juges de la Cour européenne des droits de l'homme.

Extrait de son discours où il aborde la question des droits humains tels que rapporté par le Service d'information du Vatican (VIS) :

Le pape a commencé en saluant ses hôtes ainsi :"Presque toute l'Europe est présente en cette enceinte, avec ses peuples, ses langues, ses expressions culturelles et religieuses, qui constituent la richesse de ce continent... Je vous remercie tous de tout coeur pour l'engagement que vous prodiguez et pour la contribution que vous offrez à la paix en Europe, par la promotion de la démocratie, des droits humains et de l'état de droit. Dans l'intention de ses fondateurs, le Conseil de l?Europe, qui célèbre cette année son 65 anniversaire, répondait à une tension vers un idéal d'unité qui, à plusieurs reprises, a animé la vie du continent depuis l'Antiquité. [...]

Après avoir élaboré sur l'importance de mettre au premier plan des préoccupations de l'Europe la recherche e la paix, il a continué ainsi sur le sujet des droits humains :

[...] la paix n'est pas la simple absence de guerres, de conflits et de tensions. Dans la vision chrétienne, elle est, en même temps, don de Dieu et fruit de l'action libre et raisonnable de l'homme qui entend poursuivre le bien commun dans la vérité et dans l'amour. Cet ordre rationnel et moral s'appuie précisément sur la décision de la conscience des êtres humains à la recherche de l'harmonie dans leurs rapports réciproques, dans le respect de la justice pour tous.Comment donc poursuivre l'objectif ambitieux de la paix'

La voie choisie par le Conseil de l'Europe est avant tout celui de la promotion des droits humains, auxquels est lié le développement de la démocratie et de l'état de droit. C'est un travail particulièrement précieux, avec d'importantes implications éthiques et sociales, puisque d'une juste conception de ces termes et d'une réflexion constante sur eux dépendent le développement de nos sociétés, leur cohabitation pacifique et leur avenir. Cette recherche est l'une des plus grandes contributions que l'Europe a offerte et offre encore au monde entier.

C'est pourquoi je ressens ici le devoir de rappeler l'importance de l'apport et de la responsabilité de l'Europe dans le développement culturel de l'humanité. Je voudrais le faire en partant d'une image que j'emprunte à un poète italien du XX siècle, Clemente Rebora, qui décrit un peuplier, avec ses branches élevées vers le ciel et agitées par le vent, son tronc solide et ferme, ainsi que ses racines profondes qui s'enfoncent dans la terre. En un certain sens, nous pouvons penser à l'Europe à la lumière de cette image.

Au cours de son histoire, l'Europe a toujours tendu vers le haut, vers des objectifs nouveaux et ambitieux, animée par un désir insatiable de connaissance, de développement, de progrès, de paix et d'unité. Mais l'élévation de la pensée, de la culture, des découvertes scientifiques est possible seulement à cause de la solidité du tronc et de la profondeur des racines qui l'alimentent.

Si les racines se perdent, lentement le tronc se vide et meurt et les branches, autrefois vigoureuses et droite, se plient vers la terre et tombent. Ici, se trouve peut-être l'un des paradoxes les plus incompréhensibles pour une mentalité scientifique qui s'isole. Pour marcher vers l'avenir, il faut le passé, de profondes racines sont nécessaires et il faut aussi le courage de ne pas se cacher face au présent et à ses défis. Il faut de la mémoire, du courage, une utopie saine et humaine.

D'autre part, fait observer Rebora, le tronc s'enfonce là où il y a davantage de vrai. Les racines s'alimentent de la vérité, qui constitue la nourriture, la sève vitale de n'importe quelle société qui désire être vraiment libre, humaine et solidaire. En outre, la vérité fait appel à la conscience, qui est irréductible aux conditionnements, et pour cela est capable de connaître sa propre dignité et de s'ouvrir à l'absolu, en devenant source des choix fondamentaux guidés par la recherche du bien pour les autres et pour soi et lieu d'une liberté responsable.

Sans cette recherche de la vérité, chacun devient la mesure de soi-même et de son propre agir, ouvrant la voie à l'affirmation subjective des droits, de sorte qu'à la conception de droit humain, qui a en soi une portée universelle, se substitue l'idée de droit individualiste. Cela conduit à être foncièrement insouciant des autres et à favoriser la globalisation de l'indifférence qui naît de l'égoïsme, fruit d'une conception de l'homme incapable d'accueillir la vérité et de vivre une authentique dimension sociale.

Un tel individualisme rend humainement pauvre et culturellement stérile, puisqu'il rompt de fait les racines fécondes sur lesquelles se greffe l'arbre. De l'individualisme indifférent naît le culte de l'opulence, auquel correspond la culture de déchet dans laquelle nous sommes immergés. Nous avons, de fait, trop de choses, qui souvent ne servent pas, mais nous ne sommes plus en mesure de construire d'authentiques relations humaines, empreintes de vérité et de respect mutuel.

Ainsi, aujourd'hui nous avons devant les yeux l'image d'une Europe blessée, à cause des nombreuses épreuves du passé, mais aussi à cause des crises actuelles, qu'elle ne semble plus capable d'affronter avec la vitalité et l'énergie d'autrefois. Une Europe un peu fatiguée et pessimiste, qui se sent assiégée par les nouveautés provenant des autres continents. Europe, où est ta vigueur' Où est cette tension vers un idéal qui a animé ton histoire et l'a rendue grande' Où est ton esprit d'entreprise et de curiosité' Où est ta soif de vérité, que jusqu'à présent tu as communiquée au monde avec passion' De la réponse à ces questions, dépendra l'avenir du continent.

D'autre part, un tronc sans racines peut continuer d'avoir une apparence de vie, mais à l'intérieur il se vide et meurt. L'Europe doit réfléchir pour savoir si son immense patrimoine humain, artistique, technique, social, politique, économique et religieux est un simple héritage de musée du passé, ou bien si elle est encore capable d'inspirer la culture et d'ouvrir ses trésors à l'humanité entière.

Dans la réponse à cette interrogation, le Conseil de l'Europe avec ses institutions a un rôle de première importance. Je pense particulièrement au rôle de la Cour européenne des Droits de l'Homme, qui constitue en quelque sorte la conscience de l'Europe pour le respect des droits humains. Je souhaite que cette conscience murisse toujours plus, non par un simple consensus entre les parties, mais comme fruit de la tension vers ces racines profondes, qui constituent les fondements sur lesquels les fondateurs de l'Europe contemporaine ont choisi de construire.


On trouve la version intégrale de son discours sur le site de Vatican Information Service;

On trouve la version intégrale de son discours sur le site de Vatican Information Service;


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