L’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) a présenté le 26 octobre 2016 devant la Commission des Institutions, son mémoire sur le projet de loi 62, portant sur la neutralité religieuse de l’État. La délégation était composée du président, Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier, et des archevêques de Québec et de Montréal, Monsieur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix et Mgr Christian Lépine.


Cardinal Lacroix, Mgr Paul Lortie et Mgr Chrisian Lépine présentant, le 26 octobre 2016, à Québec devant la Commission des Institutions, son mémoire sur le projet de loi 62, portant sur la neutralité religieuse.
Cardinal Lacroix, Mgr Paul Lortie et Mgr Chrisian Lépine présentant, le 26 octobre 2016, à Québec devant la Commission des Institutions, son mémoire sur le projet de loi 62, portant sur la neutralité religieuse.
Le mémoire de l’AECQ comporte trois parties, portant (1) sur la signification et la raison d’être de la neutralité religieuse de l’État, (2) la liberté de conscience et de religion, et (3) la valeur du pluralisme québécois actuel. J'ai lu avec intérêt ce mémoire qu'on peut trouver sur le site internet de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) en cliquant ici.

Les remarques de la première partie frappent dans le mille et sont un apport que le gouvernement se devrait d'introduire dans son projet de loi. Elles peuvent se résumer à deux points. Le premier est la définition de la neutralité religieuse. « L’article 5, écrivent les évêques, contient bien une définition de la neutralité religieuse, mais ce n’est pas celle de l’État, mais son application au cas particulier d’ "un membre du personnel d’un organisme public", exprimée ainsi: "veiller à ne pas favoriser ni défavoriser une personne en raison de l’appartenance ou non de cette dernière à une religion" ». De leur côté les évêques ne le font malheureusement pas. Le second point est tout à fait logique et obvie. La neutralité n'est pas une fin, elle est un moyen. La fin poursuivie est la liberté de religion protégée par les Chartes fédérale et provinciale des droits de la personne. La neutralité religieuse de l'État fait partie des moyens pour assurer la liberté de religion, ce que les évêques notent avec bonheur.

La deuxième partie traite de la liberté de religion. Les évêques répètent plusieurs fois, à juste titre, qu'elle doit être respectée non seulement dans la vie privée des citoyens, mais qu'elle leur garantit le droit d'exprimer leur foi, leurs convictions, leur usages sur la place publique tout en respectant, il va de soi, les limites propres à une société pluraliste où les personnes qui adhèrent à une vision religieuse du monde doivent respecter celles qui n'y participent pas ou qui ont un choix totalement séculier et laïque (au sens européen). On termine cette lecture avec satisfaction, même si le sujet n'était pas des plus faciles. Les évêques ont réussi à dresser un portrait de la liberté de religion tout en nuances mais sans compromis.

Enfin venons-en à la troisième partie. Les évêques mettent de l'avant le pluralisme dans la société et à l'intérieur même de l'Église : « Nous croyons qu'il est de première importance d'affirmer dans cette loi la valeur de ce nouveau pluralisme québécois. Il faut le traiter comme une richesse, non comme une menace. » Ils font état du caractère désormais multiculturel de l'Église catholique du Québec où le dimanche la messe est célébrée dans 40 langues différentes.

Les évêques montrent ici une ouverture et un réalisme responsables. Ils veulent que ce soit bien clair que les années d'avant la Révolution tranquille, où une Église refermée sur elle-même et peu ouverte au pluralisme recherchait avant tout l'unanimité et même l'imposait, sont terminées. Les évêques prennent acte de la situation dans le Québec d'aujourd'hui. On ne devrait pas, cependant, je pense, y voir l'endossement sans questionnement du pluralisme multiculturel qui a le vent dans les voiles au Canada et chez les chantres des seuls droits individuels de la personne. Souhaitons-le, car il ne s'agit que d'un moyen parmi d'autres pour répondre aux invitations évangéliques que rappelle sans se lasser le pape François. L'Évangile ne sera jamais au service d'une idéologie particulière. Les chrétiens demeurent libres d'emprunter sur le plan politique le chemin qu'ils jugent le plus approprié dans les circonstances et selon leur conscience.



Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


4 novembre 2016


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