Conférence donnée par Marco Veilleux dans le cadre de la SOIRÉE RELATIONS du jeudi 20 avril 2017, au Diocèse de Québec. Texte reproduit avec l'autorisation de l'auteur. Merci!


Vision et esprit de la réforme du pape François par Marco Veilleux
Nous parlons ce soir de la réforme de la Curie romaine, mais il ne faut pas l’oublier, cette réforme structurelle et administrative, s’inscrit – à mon point de vue – dans quelque chose de plus globale et de plus profond: une réforme théologique, spirituelle et pastorale – qui n’est rien de moins qu’un approfondissement de la mise en œuvre de l’ecclésiologie de Vatican II.

J’essaierai donc ici de dégager la vision et l’esprit qui animent le pape François. Pour ce faire, je vous propose, dans les deux premières parties de mon exposé, de survoler deux prises de position remontant au tout début de son pontificat. Ces prises de positions initiales sont, il me semble, la «source inspiratrice» et «l’horizon» de ce qui est en train de se mettre en place, à Rome, depuis 4 ans. Puis, dans une troisième partie, je mentionnerai quelques éléments de la spiritualité ignatienne qui marquent clairement «le style François» – et explique donc sa manière typiquement jésuite de procéder à des réformes.
Enfin, en conclusion, j’évoquerai brièvement l’Exhortation apostolique «La joie de l’Évangile» – qui demeure, ne l’oublions pas, le texte programmatique par excellence de ce pontificat.

PREMIÈRE PARTIE: Le conclave de 2013

Rappelons-nous le contexte particulier de ce conclave. En mars 2013, les cardinaux arrivent à Rome pour participer à ce que l’on appelle les «Congrégations générales» – une série de réunions préparatoires au conclave. Dans leur quête d’un successeur à Benoît XVI, un nombre significatif de cardinaux cherchaient un spirituel au visage humble, capable de redonner une crédibilité évangélique à une Église minée par une série de crises et de scandales. Ils voulaient également un homme libre et déterminé, à même d’entreprendre le «nettoyage» de la curie romaine. Plusieurs cardinaux sont alors animés par la conviction que Benoît XVI vient d’offrir à l’Église, par son geste inédit de renonciation, l’occasion d’une audace à saisir.
En tout cas, Bergoglio, lui, ne s’y trompe pas. Il comprend que le moment est historique. Devant ses confrères, dans le cadre des Congrégations générales, il prend la parole: «L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller dans les périphéries, périphéries géographiques, mais également existentielles: là où sont toutes les misères.»

Vous reconnaîtrez ici – et dans ce qui suit – les grands thèmes de son pontificat qu’il martèle régulièrement depuis 4 ans, et qui sont au cœur de toute sa politique de réforme.

Le cardinal argentin poursuit: «Quand l’Église ne sort pas pour évangéliser, elle devient autoréférentielle et tombe malade… Les maux qui, au fil des temps, frappent les institutions ecclésiastiques sont l’auto-référentialité et une sorte de narcissisme théologique.»
Puis, il y va de cette image puissante: «Dans l’Apocalypse, Jésus dit qu’il est à la porte, qu’il frappe à la porte… Bien entendu le texte se réfère au fait qu’il frappe à la porte de l’extérieur pour entrer… Mais je pense aussi aux moments où Jésus frappe de l’intérieur pour qu’on le laisse sortir...»
Enfin, il conclut en disant: «L’Église autoréférentielle prétend retenir le Christ à l’intérieur d’elle-même et ne le fait pas sortir… C’est un mal très grave, dont on connaît le nom: la “spiritualité mondaine”… l’Église mondaine vit repliée sur elle-même et pour elle-même...»

Il est clair que Bergoglio a été élu sur la base de ce discours réformateur programmatique.
Résumons ces quatre chantiers de réforme ecclésiale:
1) Une Église appelée à sortir d’elle-même et à aller dans les périphéries...
2) et son corollaire: une critique de l’auto-référentialité et du narcissisme théologique;
3) Une Église qui laisse «sortir» Jésus dans le monde sans le retenir...
4) et son corollaire: un rejet de la «spiritualité mondaine», typique d’une ecclésiologie du repliement.
Nous avons certainement, dans ces 4 chantiers, une vision et un esprit…

DEUXIÈME PARTIE: L’audience du 16 mars 2013


Trois jours après son élection, François rencontre les représentants du monde des médias. C’est une de ses premières apparitions publiques. C’est d’ailleurs à cette occasion que ses vieilles chaussures deviendront légendaires! Et que le «style François» commencera déjà à s’imposer. Dans un passage improvisé de son discours, le nouveau pape invoquera le choix de son nom. Dans cette explication, on discerne aussi tout un programme de réforme.

Écoutons-le: À l’élection, j’avais à côté de moi l’Archevêque émérite de Sao Paulo… Quand la chose devenait un peu dangereuse, lui me réconfortait. Et quand les votes sont montés aux deux tiers, l’applaudissement habituel a eu lieu, parce que le Pape a été élu. Et lui m’a serré dans ses bras et m’a dit: «N’oublie pas les pauvres!» Et cette parole est entrée en moi: les pauvres, les pauvres. Ensuite, aussitôt, en relation aux pauvres j’ai pensé à François d’Assise. Ensuite j’ai pensé aux guerres, alors que le scrutin se poursuivait, jusqu’à la fin des votes. Et François est l’homme de la paix. Et ainsi est venu le nom, dans mon cœur: François d’Assise. C’est pour moi l’homme de la pauvreté, l’homme de la paix, l’homme qui aime et préserve la création […]. C’est l’homme qui nous donne cet esprit de paix, l’homme pauvre…

Et François de conclure avec ce cri du cœur: «Ah, comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres!» Cette dernière phrase a fait le tour de la planète. Elle indique clairement, elle aussi, la vision et l’esprit du pape Argentin. C’est en fait un véritable programme de «réforme franciscaine» qu’elle contient… Ce désir ardent d’une «Église pauvre et pour les pauvres», évoque en effet la vision de San Damiano où, par trois fois, le Christ en croix s’anima, et dit à saint François: «Va, et répare mon Église en ruines».

Cette «réparation» (ou réforme), par le retour à la voie de l’humilité et de la pauvreté, évoque également le fameux «Pacte des Catacombes», signé le 16 novembre 1965, à Rome, par une quarantaine de Pères conciliaires. Ces derniers s’engageaient alors à militer pour une Église humble et pauvre.

«Ah, comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres!» Cette phrase renvoie aussi, bien sûr, à l’ecclésiologie de Vatican II. C’est l’esprit de Gaudium et Spes. Mais, plus encore, c’est la vision de Lumen Gentium, dont je vous rappelle ce passage central: Le Christ a été envoyé par le Père «pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, ... guérir les cœurs meurtris» (Lc 4, 18), «chercher et sauver ce qui était perdu» (Lc 19, 10): de même l’Église enveloppe de son amour ceux que l’infirmité humaine afflige, bien plus, dans les pauvres et les souffrants, elle reconnaît l’image de son fondateur pauvre et souffrant, elle s’efforce de soulager leur misère et en eux c’est le Christ qu’elle veut servir. [Francois invite d’ailleurs souvent à «toucher la chair du Christ dans la chair des pauvres.»]

Mais tandis que le Christ saint, innocent, sans tache (He 7, 26) ignore le péché (2 Co 5, 21) […], l’Église, elle, enferme des pécheurs dans son propre sein, elle est donc à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement. (LG, no 8)

TROISIÈME PARTIE: Sources jésuites et ignatiennes


Dans cette dernière partie, je ferai un excursus rapide à travers trois éléments de la spiritualité ignatienne (ou de la «manière jésuite de procéder») qui marquent clairement «le style François» – et son réformisme.

Premièrement – et dans la suite de ce que je viens de dire – il faut savoir que pour la Compagnie de Jésus, la «proximité réelle avec les pauvres et les exclus» n’est pas un choix facultatif. C’est plutôt la manière authentique d’incarner «l’option pour les pauvres». Il s’agit bien, ici, de se faire ami des pauvres, pauvre avec les pauvres, et d’entrer avec eux dans le mystère du mal, de l’impuissance et de la fragilité.

Et cela vient directement de «La méditation sur l’humilité» – que saint Ignace propose, comme toile de fond, au moment de faire élection, à la fin de la 2e semaine de ses Exercices spirituels. La finale de cette méditation va comme suit:
«…pour imiter le Christ notre Seigneur et lui ressembler plus effectivement, je veux et je choisis davantage la pauvreté, avec le Christ pauvre, que la richesse; les opprobres avec le Christ couvert d’opprobres que les honneurs; et je désire davantage être tenu pour insensé et fou pour le Christ qui, le premier, a été tenu pour tel, que sage et prudent dans ce monde» (ES no 167).
Cette identification au Christ humble et pauvre, signifie, dans l’idéal jésuite: une solidarité radicale avec les exclus et les petits; un refus de tout esprit mondain; un rejet de la vaine gloire.

C’est pour cela que le pape François critique sans cesse ce qu’il appelle «la mondanité spirituelle». En 2007, un journaliste avait demandé au cardinal Bergoglio: «Pour vous, quelle est la pire des choses qui puisse arriver à l’Église?» Et celui-ci avait répondu:

«C’est ce que le théologien jésuite Henri de Lubac appelle la ‘‘mondanité spirituelle’’. C’est le plus grand danger pour l’Église, pour nous qui sommes dans l’Église… La mondanité spirituelle, c’est se mettre au centre. C’est ce que Jésus voit faire aux pharisiens: ‘‘Vous qui vous glorifiez. Qui vous glorifiez vous-mêmes, les uns les autres’’.»
Ce rejet viscéral de la mondanité spirituelle, qui est une sorte de pharisaïsme, il faut le relier, chez François, avec sa façon de mettre sans cesse la miséricorde au premier plan.

Pour le pape, se reconnaître «pauvre», c’est d’abord se reconnaître «pécheur» – c’est-à-dire objet d’une miséricorde infinie et totalement gratuite. Or, cette annonce de la miséricorde doit primer, selon lui, dans l’Église. «L’annonce de l’amour salvifique de Dieu est premier par rapport à l’obligation morale et religieuse…», dira-t-il dans sa première grande entrevue, comme pape, en 2013. Le Jubilé de la Miséricorde et la publication d’Amoris Laetitia sont des exemples évidents de cette conviction (à l’opposé du pharisaïsme).

Comme le dit le jésuite Antonio Spadaro, un proche du pape:
«La miséricorde implique en fait une profonde réforme, une réforme intérieure de l’Église, la réforme missionnaire, le tournant missionnaire que le pape François a essayé d’apporter dans l’Église depuis le début de son pontificat.»
«La miséricorde signifie que les portes du cœur de Dieu et de l’Église sont toujours ouvertes. Au fond de la miséricorde il y a la certitude que rien ne peut nous séparer de l’amour du Seigneur qui est toujours proche et qui nous attend toujours.»

Deuxième élément que je veux souligner, quand à la «manière jésuite de procéder»: l’expérience du gouvernement dans la Compagnie de Jésus. Celle-ci se répercute nettement dans la façon de faire du pape actuel.

De 1973 à 1979, Bergoglio a été Supérieur Provincial des jésuites d’Argentine. Or, un Provincial jésuite, pour gouverner et prendre ses décisions, s’appuie sur ce que l’on appelle une Consulte. Cette dernière rassemble quelques jésuites qui, normalement, ne vivent pas au quotidien avec le Supérieur Provincial, et ont donc des engagements «de terrain». Le Provincial les réunit régulièrement pour discerner des orientations et des décisions à prendre dans la Province.
Durant les réunions de la Consulte, le Provincial laisse parler ses consulteurs. Il les écoute en profondeur. Il permet ainsi le débat. Et, dans cette conversation ouverte, le Provincial se rend attentif aux tensions qui s’expriment, aux dynamiques qui se révèlent et aux «mouvements» qui se manifestent (c’est un processus de discernement). Puis, ayant entendu tout cela, et en ayant pesé dans la réflexion et la prière «le pour» et «le contre», le Provincial tranche: il prend seul sa décision.
Voyez que c’est exactement là le modèle du fameux Groupe des neuf cardinaux (appelé communément le «G9») que le pape a mis sur pied, peu après son élection, pour le conseiller sur les réformes à entreprendre dans l’Église.

François s’est constitué, en quelque sorte, un groupe de neuf «consulteurs» qui sont, pour la plupart, des outsiders par rapport à la Curie romaine – puisque six sur neuf sont des évêques en poste dans des diocèses, venant d’un peu partout à travers le monde – et, pour plusieurs, des «périphéries». Il les rassemble quelques fois par année, pour des sessions de travail de trois jours. C’est avec eux qu’il vérifie ses intuitions et discerne les décisions à prendre.

Le «G9» est, pour Francois, l’instrument fondamental de mise en œuvre du programme de réforme sur lequel le conclave de 2013 l’a élu. À l’occasion de ses vœux de fin d’année à la Curie romaine, le 22 décembre dernier, François a fait mention de 19 décisions ou actes de gouvernement (essentiellement des Motu Proprio) qui mettent en œuvre la réforme curiale. Ces actes émanent directement de discernements réalisés au sein du «G9». Il a aussi indiqué, dans ce même discours, les 12 critères animant cette réforme: Conversion personnelle / Sens pastoral / Sens missionnaire / Rationalité / Fonctionnalité / Modernité / Sobriété / Subsidiarité / Synodalité / Catholicité / Professionnalisme / Gradualité.

Le «G9» est donc l’incarnation d’une vision et d’un esprit, voulant que toutes les réformes, dans l’Église, doivent…
• Se faire à partir d’une écoute en profondeur, avec une attention particulière aux périphéries (principes de la collégialité et de la catholicité);
• Être le fruit d’un long discernement (principes de la synodalité et de l’écoute du sensus fidei);
• Servir la communion (principe de la primauté), sans pour autant gommer la diversité, la complexité et les particularités (principes de la subsidiarité et du «polyèdre»).
[Sur la figure du «polyèdre», voir Evangelii gaudium no 236; «C’est pourquoi j’aime le polyèdre, une figure géométrique qui a de nombreuse facettes différentes. Le polyèdre reflète la confluence de toutes les diversités qui, dans celui-ci, conservent l’originalité. Rien ne se dissout, rien ne se détruit, rien ne domine rien, tout s’intègre.» – Discours à la rencontre mondiale des mouvements populaires, 28 octobre 2014]

Enfin, troisième élément ignatien: le «sentir avec l’Église» ou l’ecclésiologie du Peuple de Dieu.
À la fin du livre des Exercices spirituels, Ignace propose ce qu’il appelle des «règles pour sentir avec l’Église» (en latin, Sentire cum Ecclesia). Devenu évêque de Rome, François a médité à haute voix sur ces règles.
Il les interprète comme suit: «L’Église est le peuple de Dieu cheminant dans l’histoire, avec joies et douleurs. Sentire cum Ecclesia, c’est, pour moi, être au milieu de ce peuple. L’ensemble des fidèles est infaillible dans le croire... Voilà, pour moi, le ‘‘sentir avec l’Église’’ dont parle saint Ignace… L’Église comme peuple de Dieu: pasteurs et peuple tous ensemble. L’Église est la totalité du peuple de Dieu. Cette Église avec laquelle nous devons sentir, c’est la maison de tous, pas une petite chapelle qui peut contenir seulement un petit groupe de personnes choisies. Nous ne devons pas réduire le sein de l’Église universelle à un nid protecteur de notre médiocrité.»

Nous sommes vraiment ici dans l’ecclésiologie de Vatican II !

Conclusion

À l’occasion de la conversation qu’il a eue avec les membres de la Congrégation générale des jésuites, à Rome, le 24 octobre dernier, François a affirmé ceci: «L’un des dangers des écrits du pape est qu’ils suscitent un peu d’enthousiasme, mais après il en arrive d’autres et les précédents vont aux archives. C’est pourquoi je pense qu’il est important de poursuivre le travail d’approfondissement du message d’Evangelii gaudium: en effet, c’est là que se trouve toute une manière d’affronter divers problèmes ecclésiaux et l’évangélisation même de la vie chrétienne.»

Alors, en définitive, si l’on cherche la vision et l’esprit de la réforme de François, il faut donc relire La joie de l’Évangile…
François est en train de changer «l’écosystème ecclésial». Et c’est en cela qu’il amorce une réforme en profondeur. Ce nouvel écosystème ecclésial, qui se trouve et se révèle dans Evangelii gaudium – est en fait une réactualisation de Vatican II.

• Par exemples, en parlant continuellement de discernement et de miséricorde, François nous libère d’une logique binaire du permis et du défendu.
• En revalorisant la collégialité épiscopale et la présence de l’Église «aux frontières», il remet en question le centralisme romain.
• En lavant les pieds de femmes, de prisonniers, de pauvres ou de personnes musulmanes le Jeudi saint, il critique radicalement les idéologies d’exclusion à l’œuvre dans l’Église et dans le monde.
• Ce faisant, il amorce de véritables processus de changement qui ont des chances de porter fruits.
Par-delà les réformes ponctuelles et particulières, ce nouvel écosystème ecclésial me semble être la «garantie» de pérennité de cette réforme franciscaine globale et fondamentale entreprise par l’actuel évêque de Rome.


Marco Veilleux
le 20 avril 2017
Conférence donnée à la Maison des Services diocésains de Québec


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Marco Veilleux est diplomé en théologie de l'Université Laval. Il a été directeur adjoint d'un centre d'éducation des adultes à Québec, puis rédacteur de la revue Vie liturgique (Ottawa). Il a publié une étude sur la vie et l'oeuvre de Simone Monet dans le livre Les visages de la foi (Fides, 2003), il a été membre de l'équipe du Centre Justice et foi à Montréal et directeur adjoint de la revue Relations. Il est actuellement adjoint aux communications pour les Jésuites du Canada français.
Vision et esprit de la réforme du pape François par Marco Veilleux

Je vous transcris, avec la permission de l'auteur, l'article de Marco Veilleux sur une chronique de Denise Bombardier qu'Il a intitulé : «L’Église en déroute», ou l’impasse intellectuelle du discours nostalgique et mélancolique


Journal de Québec 15 avril 2017
Journal de Québec 15 avril 2017
La chronique de Denise Bombardier intitulée «L’Église en déroute», publiée dans le journal de Québec du 15 avril, me semble être symptomatique de l’impasse intellectuelle du Québec d’aujourd’hui. Malheureusement, trop de personnes (y compris nombre de croyants) se laissent berner par cette rhétorique nostalgique et mélancolique.

Ce discours conservateur – entonné en chœur depuis des années et sur divers registres par des intellectuels allant de Mathieu Bock-Côté à Bernard Émond en passant par Éric Bédard – réduit le catholicisme québécois à une «fonction muséale» (donc essentiellement passéiste) de «gardien de notre identité et de notre mémoire collectives». Comme tous ces autres «catholiques athées ou agnostiques», Denise Bombardier fait encore ici cette distinction pour le moins problématique entre, d’une part, «notre culture religieuse» et, d’autre part, «la foi» dont cette culture serait «indépendante» (distinction à la base de cette fumeuse «catho-laïcité» typiquement québécoise).

Nombre de croyant(e)s – incluant des prêtres et des évêques –, trop heureux de trouver en cela une sorte de «bouée de sauvetage», adhèrent aveuglément à cette rhétorique identitaire vouée à l’impasse. Ils se réconfortent ainsi devant la crise actuelle et bien réelle de l’Église catholique au Québec. Ils se laissant donc seriner à l’oreille qu’ils représentent encore, au moins aux yeux de certains, la pieuse relique de ce Canada français qui, malheureusement, disparaît peu à peu sans jamais être advenu à sa pleine indépendance… Bien triste et illusoire consolation pour des «gens de foi» qui devraient plutôt se préoccuper davantage du présent à transformer et de l’avenir à bâtir!

Ne voit-on pas qu’on se berce d’illusions, ici, en croyant que l’on va «sauver» quelque chose de la «religion catholique», au Québec, en la laissant se faire instrumentaliser de la sorte dans un rôle de gardienne de notre identité et de notre histoire nationales en panne de projets d’avenir?

Ce discours ne mène à rien, sinon à se complaire dans une plainte morose sur notre soi-disant «déperdition collective» (culturelle et religieuse). Ou plutôt si, ce discours mène à quelque chose. Et même à quelque chose de très dangereux: en détachant ainsi la «foi» de ce que l’on appelle la «religion culturelle du Québec», on consent à faire du catholicisme (dit «culturel») un fétiche identitaire et passéiste; on réduit la «religion» à une idéologie pourvoyeuse de «valeurs» et de «repères» pour une société qui, semble-t-il, en manquerait; on «domestique» la foi en la désamorçant de toute sa «charge révolutionnaire».

C’est pourquoi les croyant(e)s québécois devraient sérieusement se méfier de ces rhétoriques conservatrices qui, sous des airs de complaisance envers «la tradition religieuse de la majorité», sont en fait en train de les «folkloriser» et de les embrigader dans un nationalisme de repli identitaire aux dérives parfois carrément réactionnaires. Triste renversement, au demeurant, lorsqu’on se souvient de la participation et du leadership de nombreux catholiques québécois dans la naissance et l’affirmation d’un néonationalisme progressiste, inclusif et socialiste au Québec de la Révolution tranquille (pensons aux Fernand Dumont, Jacques Grand’Maison, Simonne et Michel Chartrand, Mgr Bernard Hubert, Jacques Couture SJ, Julien Harvey SJ, etc.).

Oui, le «catholicisme institutionnel» (i.e. les structures, les monuments, les taux de pratique dominicale, le nombre de baptêmes et de mariages, les vocations cléricales et religieuses, etc.) implose au Québec. Mais ce n’est pas ça «la foi».
La foi n’a pas pour mission et pour finalité d’être «gardienne de la langue», de la «mémoire nationale» ou encore de la «culture majoritaire» d’un peuple. Cela peut arriver dans certaines conjonctures historiques (comme ce fut le cas pour le Canada français entre 1840 et 1960), mais c’est alors toujours au risque d’un dévoiement de cette foi et de dangereuses compromissions de celle-ci avec les forces du statu quo. Au Québec, nous en savons quelque chose!

Marco Veilleux
Marco Veilleux
La foi (surtout la «foi pascale» qu’évoque le papier de Denise Bombardier), elle, «n’est pas en déroute». Elle poursuit sa route depuis 2000 ans, à travers des témoins vivants qui l’incarnent. Loin d’être une sorte de «formol identitaire» pour notre nationalisme (qui lui, par contre, semble véritablement en déroute), la foi est plutôt «révolutionnaire»: elle fait éclater les tombeaux de nos conceptions étriquées du monde et de l’histoire, de la vie et de la mort, de l’économie et du lien social, de l’identité et du vivre ensemble… bref, elle fait éclater nos conceptions étriquées de l’expérience humaine!

Certes la foi, au Québec, devient «humble et pauvre» sur le plan institutionnel. Mais c’est là une chance (ou en langage croyant «une grâce»)... «Laissons enfin les morts enterrer leur morts» (cf. Matthieu 8, 22) et assumons véritablement l’étonnante et paradoxale conclusion du texte de Madame Bombardier: «La résurrection du Christ, commémorée à Pâques, nous renvoie tous, croyants et non-croyants, à l’espérance, cet élan du cœur, de l’esprit et de l’âme qui illumine et transfigure toute vie.»

Eh bien voilà! Place à l’espérance!

Marco Veilleux , le mardi 18 avril 2017

P.S. Dans sa chronique, Denise Bombardier rappelle qu’au Québec «la foi fut gardienne et protectrice de la langue» et, du
même souffle, elle semble déplorer «l’effondrement de l’immigration judéo-chrétienne» (sic) et le fait que «le Québec religieux de l’avenir sera d’abord musulman». Ne voit-elle pas que c’est justement cette immigration francophone en provenance de pays majoritairement musulman (que le Québec, d’ailleurs, sélectionne lui-même à cet effet) qui contribue à «sauver» le caractère français du Québec? Une immigration maghrébine et proche-orientale hautement qualifiée, qui maîtrise souvent le français mieux que les «de souche», mais dont le taux de chômage (dû, entre autres, au «corporatisme professionnel» et au «racisme systémique» à l’œuvre dans notre société) est scandaleusement plus élevé que dans le reste de la population. Rappelons que selon Statistique Canada, alors que le taux de chômage de la population en général est à 7% au Québec, pour les Maghrébins, la situation est toute autre avec un chiffre frôlant les 28% (pour les immigrants qui sont ici depuis moins de cinq ans).

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Marco Veilleux est diplomé en théologie de l'Université Laval. Il a été directeur adjoint d'un centre d'éducation des adultes à Québec, puis rédacteur de la revue Vie liturgique (Ottawa). Il a publié une étude sur la vie et l'oeuvre de Simone Monet dans le livre Les visages de la foi (Fides, 2003), il a été membre de l'équipe du Centre Justice et foi à Montréal et directeur adjoint de la revue Relations. Il est actuellement adjoint aux communications pour les Jésuites du Canada français.

Marco Veilleux recommande cet article de Jacques Pelletier intitulé Chroniques de la morosité dans Ricochet qui commente la dernière publication de Bernard Émond. Pour lire l'article, cliquez ici.

par l’abbé David Labossière, vicaire à St-Joseph/Granby (Diocèse de St-Hyacinthe au Québec)


Abbé David Labossière lors de son ordination presbytérale en 2013 (Granby)
Abbé David Labossière lors de son ordination presbytérale en 2013 (Granby)
Article publié dans L'Infolettre des paroisses de Granby du 31 mars 2017 et reproduit avec autorisation de l'auteur.

La récente sortie de quelques députés en faveur de l’élargissement de « l’aide médicale à mourir » illustre l’irréversibilité du processus : le groupe de travail mis sur pied par le ministre de la santé Gaétan Barrette ne constitue, soyons-en bien conscients, qu’une étape vers une accessibilité qui sera de plus en plus élargie. «Faire mourir n’est pas un soin, rappelle l’Assemblée des évêques (AEQ). Les expressions « mourir dans la dignité » et « aide médicale à mourir » employées pour qualifier une injection mortelle sèment la confusion et induisent en erreur. Il s’agit purement et simplement d’euthanasie, et non d’un soin de fin de vie» (Pierre-André Fournier, archevêque de Rimouski, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, 27 mai 2014)


Dignité, avez-vous dit ?

Les progrès de la médecine ont permis des avancées spectaculaires pour prolonger la vie des malades et des personnes âgées. Il faut s’en réjouir. Toutefois, ces progrès n’ont pas été accompagnés d’une réflexion éthique et morale qui permette de fixer les balises de ce qui est souhaitable ou non pour maintenir le respect de la dignité humaine.

La question se pose plus que jamais: où tracer la juste ligne entre la volonté de vivre (cette loi naturelle gravée en nous) et l’acharnement thérapeutique qui peut maintenir en vie… mais dans quelle condition ? Bien malin qui peut tracer une ligne uniforme, applicable à toutes les situations. Pourtant, une ligne existe bel et bien. Pour un baptisé, la reconnaître exige un discernement intelligent et une confiance inébranlable en la présence de Jésus à nos côtés, le bon Pasteur, qui conduit ses brebis.

Accompagner la souffrance

Les quatre Évangiles présentent tous, en la figure de Jésus, une personne sensible à la souffrance et la douleur de son peuple. Un nombre impressionnant de ses miracles viennent libérer, soigner, guérir… Cette sensibilité, Jésus l’a transmise aux apôtres.

L’Évangile nous révèle, avec la lettre de saint Jacques, que les premiers pasteurs de l’Église ont porté une attention particulière à rendre Jésus présent aux malades de la communauté: « L’un de vous est malade ? Qu’il appelle les Anciens en fonction dans l’Église : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. » (Jc, 5, 14). En 2017, c’est devenu un défi colossal pour l’Église que d’être présente au chevet des malades. Il y a beaucoup de pain sur la planche pour accompagner la souffrance des personnes malades.

C’est pourquoi nous ne devons cesser d’espérer et de faire entendre notre voix, afin que le gouvernement accepte d’offrir également un meilleur accès aux soins palliatifs, «la vraie réponse de la médecine et de la société à cette situation », affirme l’AEQ. Ces soins « sont la meilleure façon de soulager la souffrance de la personne approchant de la fin de sa vie et de l’aider à vivre cette étape ultime avec humanité et dignité.»

Développer une spiritualité de la fin de vie

Soyons réaliste : nous n’y sommes pas encore. Bien nombreux sont ceux qui finissent seuls la route, avec dans les meilleurs des cas un membre de leur famille à leur côté, des proches, et quelques personnes du personnel médical. Pour bien accompagner la fin de vie, je dois apprivoiser l’idée de la mort. Reconnaître et apprendre à accepter que [je suis] nous sommes mortels. Il n’y a pas de croissance sans vérité : il est essentiel d’accepter ma mort pour développer une spiritualité de la fin de vie.

Je peux y arriver en méditant la Passion du Christ. C’est elle, le fondement de ma foi et de mon aptême, qui me plonge dans sa mort pour ressortir avec lui du tombeau. Avec le Christ, nous sommes déjà passés de la mort à la vie: nous sommes déjà ressuscités avec Lui !!! C’est la Bonne Nouvelle de la Pâque que nous célébrons depuis plus de 2000 ans.
Enfin, il nous faut demander la sérénité, paix, l’espérance et le repos. « Demandez, vous recevrez. Frappez et on vous ouvrira, cherchez, et vous trouverez ». Soyons assurés que Jésus ne fait pas défaut à ses amis…


Padre David Labossière
Granby (Québec)
30 mars 2017

Note : Padre David Labossière a 41 ans. Il est né en 1976. Il a été ordonné prêtre pour le diocèse de Saint-Hyacinthe au Québec le vendredi 31 mai 2013 en l’église Saint-Eugène de Granby, fête de la Visitation de la Vierge Marie, par Mgr François Lapierre, p.m.é., évêque de Saint-Hyacinthe. Il est depuis lors vicaire à St-Joseph/Granby.

Lire un article du Père Labossière sur le prêtre intitulé « Qui sera le prêtre de demain? »


Pratico-pratique…

Pourquoi ne pas notarier vos dernières volontés? Faites connaître à votre famille, vos proches, au personnel médical vos intentions, et assurez-vous qu’une personne de confiance veille à faire respecter vos dernières volontés.

Dans un contexte où la portée de la loi risque de s’élargir, il convient d’être vigilant et de faire entendre vos demandes.

Prendre quelques initiatives pour faire des derniers moments de ma vie une occasion de rapprochements avec Jésus. Car il existe un chemin de vie dans ce passage, avec Jésus à nos côtés, qui accompagne toujours notre souffrance et partage nos douleurs…

Condensé de réflexions sur l'expérience mystique à la suite d'une lecture des écrits de Marie de l'Incarnation.


Icône de sainte Marie de l'Incarnation par Gilberte Massicotte-Éthier  (Collection du Musée des Ursulines de Trois-Rivières 2008)
Icône de sainte Marie de l'Incarnation par Gilberte Massicotte-Éthier (Collection du Musée des Ursulines de Trois-Rivières 2008)
Le postulat de départ pourrait se décrire ainsi: le sujet mystique chrétien se présente comme à la recherche d'une identité personnelle dans une tradition et un discours qui le précède. Il écrit son récit comme un récit unique mais en même temps comme un récit sous-tendu, tressé de récits archéologiques", de récits fondateurs que sont a) les Écritures Saintes et b) les textes des autres mystiques. Ainsi le texte produit se révèle non pas un dire sur l'objet de la croyance (de la foi), mais plutôt sur la réception de cette réalité autre par le sujet croyant.

La structure du récit mystique se caractérise ainsi par un processus de références qui s'accumulent et s'entrechoquent. Ce récit apparaît alors comme dynamique et non pas formé d'avance. Le mouvement inhérent au processus par lequel le sujet-croyant se dit à lui-même et aux autres creuse sans cesse en lui le désir d'aller au-delà des mots, des limites, des symboles pour être atteint en son " fond " dirait Marie de l'Incarnation par les réalités autres de la foi, de la Parole reçue en Église. Dans l’écriture de Marie de l’Incarnation nous découvrons un continuum où elle place un discours antécédent à l'expérience du sujet et un discours conséquent à celle-ci.

L'écriture du mystique chrétien se constitue sur l'horizon de l'Écriture sacrée où se donne à l'interprétation la voie absolue expérimentée. L'expérience mystique du chrétien-croyant repose comme sur un soubassement qui lui donne sens dans la foi.



Il en est un peu comme de l'existence de Dieu dont André Compte-Sponville dit qu'il fait sens pour le croyant. Il écrit dans son livre Présentations de la philosophie chez Albin Michel. Paris, 2000, p. 111 : "…Dieu fait sens (…) et en donne: d'abord parce que tout sens, sans lui, vient buter sur l'insensé de la mort; ensuite parce qu'il n'est de sens que pour un sujet et de sens absolu dès lors, que pour une sujet absolu. Dieu est le sens du sens, et le contraire pour cela de l'absurde et du désespoir. Existe-t-il? Nous ne pouvons le savoir." Cela pour Compte-Sponville peut se penser, s'espérer, se croire. "Se croire". Le mystique croyant prend ce risque. C'est pourquoi, il est recevable de lire son témoignage avec cet horizon de sens que lui donne sa foi. Marie de l’Incarnation en de nombreux passages des ses écrits reconnaît une concordance entre le champ symbolique de son expérience personnelle et celui de la foi reçue en Église.

Hermann Giguère
Professeur associé à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval
Professeur titulaire retraité de théologie spirituelle et d'histoire de la spiritualité


Site internet sur sainte Marie de l'Incarnation

05/01/2017

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J'ai pu participer au début de décembre à un colloque sur Charles de Foucauld qui n'était pas banal. Il avait lieu à l'Université Laval du 1er au 3 décembre 2016 pour commémorer le centenaire de la mort de Charles de Foucauld le 1 décembre 1916. Ayant fréquenté Charles de Foucauld que j'ai connu par le livre incontournable de René Bazin que j'ai lu à l'âge de 14 ans et ayant eu la chance par la suite d'entendre le Père Voillaume au Grand Séminaire de Québec en 1959, j'ai développé une proximité et un attrait toujours présents pour le frère Charles.


L'abbé Jacques Grand’Maison (1931-2016), acteur incontournable et observateur averti des 50 dernières années dans le sillage de la Révolution tranquille au Québec qui s'est déroulée dans les années 60 et 70 est décédé à 5 novembre 2016 à l'âge de 84 ans des suites d'un cancer des os. Il était prêtre du diocèse de St-Jérôme (Québec). Il a oeuvré dans la pastorale ouvrière, comme professeur à l'Université de Montréal et comme auteur de nombreux ouvrages sur la société québécoise et sur l'Église catholique au Québec. Son rayonnement fut immense. Il a écrit plus de 50 volumes.


Avec simplicité le pape François, en soulignant le 50e anniversaire de l'apparition du Renouveau charismatique dans l'Église catholique aux États-Unis en 1967, a confié combien il s'est opposé fermement à son implantation en Argentine.


Le pape François sur l'avion à son retour de Suède le 1 novembre 2016
Le pape François sur l'avion à son retour de Suède le 1 novembre 2016
Voici ses propres paroles prononcées lors de sa conférence de presse sur l'avion qui le ramenait de Suède le 1 novembre 2016 telles que rapportées par l'agence Zenit :

"Le Pape a évoqué la célébration des 50 ans du Renouveau charismatique qui aura lieu à la Pentecôte 2017 à Rome : « Je prévois – si Dieu me prête vie – d’aller y parler » a-t-il précisé.
Il s’est souvenu de ses propres réticences lors de la naissance de ce mouvement : « Un des premiers opposants en Argentine a été moi-même – parce que j’étais Provincial des jésuites à cette époque (…) et j’ai interdit aux jésuites d’avoir des liens avec eux. Et j’ai dit publiquement que quand on faisait une célébration liturgique il fallait faire une chose liturgique et non une ‘école de samba’ (escuela do samba). C’est ce que j’ai dit. Et aujourd’hui je pense le contraire, quand les choses sont bien faites ».

Quel chemin parcouru et par le pape et par les groupes du Renouveau charismatique qui sont une immense force dans plusieurs pays d'Amérique du Sud et d'Afrique de même qu'en Italie et en Inde, entre autres pays, et qui ont donné naissance à des communautés dont, en France, celle de l'Emmanuel (10 000 laïcs, prêtres, consacrés dans 64 pays) et celle du Chemin Neuf (près de 2 000 membres permanents dans vingt-six pays, et 12 000 personnes au service des missions de la communauté).

Le pape François a déjà reçu 50 000 charismatiques italiens à Rome en juin 2014 qui s'y rencontraient pour leur Congrès national. Il a accepté de recevoir les charismatiques du monde entier en 2017 pour la fête de la Pentecôte le 4 juin 2017. Le conseil international du Renouveau, ICCRS pour International Catholic Charismatique Renewal Services, établi à Rome a préparé un programme qu'on peut voir en cliquant sur ce lien. La pageweb est en anglais seulement pour l'instant. Elle sera disponible en français bientôt.

Le pape François à la "Convocazione nazionale" italienne au Stade Olympique à Rome le 2 juin 2016.
Le pape François à la "Convocazione nazionale" italienne au Stade Olympique à Rome le 2 juin 2016.

Notes sur les débuts du Renouveau charismatique aux États-Unis

En janvier 1967, deux professeurs de l’Université de Duquesne aux États-Unis, participaient à une réunion de prière interconfessionnelle chez Flo Dodge, à Pittsburgh. À la fin de la réunion de prière, ils ont demandé à recevoir l’effusion de l’Esprit. Le mois suivant, soient les 17, 18 et 19 février 1967, ces deux professeurs préparaient une récollection avec des jeunes de l’université de Duquesne. En guise de préparation, il avait été demandé de lire et de méditer le texte des quatre premiers chapitres des Actes des Apôtres ainsi que de lire le livre La Croix et le poignard, de David Wilkerson... Or, pendant cette fin de semaine, plusieurs ont reçu l’effusion de l’Esprit Saint et ont vécu ce que plusieurs ont appelé une nouvelle Pentecôte... Une participante, Patty Gallagher Mansfield, a écrit : « La plupart d’entre nous furent baptisés dans l’Esprit Saint agenouillés devant le Saint-Sacrement dans la prière. Certains se mirent à prier en langues, d’autres prophétisèrent ou reçurent les charismes de discernement des esprits et la parole de sagesse ». Ce furent les débuts du Renouveau charismatique dans l’Église catholique qui s'est répandu par la suite dans le monde entier.

Les participants et les participantes de cet événement se retrouvèrent régulièrement. De la sont nés les groupes du Renouveau charismatique. Ils organisèrent des congrès à l'Université Notre-Dame à Ann Arbor au Michigan puis il y eut une explosion de groupes en Amérique, au Canada et en Europe. Le pape Pau VI nomma le cardinal Suenens, archevêque de Bruxelles, pour accompagner ces groupes, ce qu'il fit avec prudence et sagesse tout en les encourageant et les stimulant. Il obtint le pape Paul VI reçoivent en 1975 en la basilique St-Pierre à Rome les charismatiques du monde entier pour leur premier congrès international. Le cardinal Suenens avec le leaders du temps mis sur pied un Bureau international qui, après quelques années passées à Bruxelles, déménagea dans un édifice du Vatican à Rome et prit le nom d'ICCRS ( International Catholic Charismatic Services).

Notes sur les débuts du Renouveau charismatique au Québec et sur son état actuel que j'ai rédigées pour le XIe Congrès francophone du Renouveau charismatique en 2014.

Le Renouveau charismatique a plus de 40 ans au Québec. Il est facile de prendre comme point de départ les premières rencontres charismatiques qui ont eu lieu à Granby en octobre 1970. Mais comme le rappelle le Rev. Peter Prosser qui été intimement mêlé aux débuts du Renouveau, les groupes ont surgi au Québec comme un buissonnement où l'action de quelques leaders charismatiques a joué un rôle important. Dans sa thèse de maîtrise présentée à la Faculté de théologie de l'Université de Montréal, le Rev. Peter Prosser fait un historique des débuts du Renouveau au Québec que nous résumons pour le bénéfice des internautes qui fréquentent le site internet du Conseil canadien du Renouveau charismatique et celui de la revue officielle du Renouveau: Selon Sa Parole .

En 1967, Soeur Flore Crête, étudiante à l'Université Notre-Dame, fait l'expérience du Renouveau charismatique. Elle revient au Québec en 1969 et tient la première réunion charismatique chez les catholiques francophones au Québec, mais il faudra attendre le père Regimbal en 1970 pour que le Renouveau charismatique attire l'attention.

Un autre leader des débuts est le Père Joseph Kane o.m.i., un missionnaire du Pérou qui revient à Montréal dans le courant de 1970 en passant par Seattle (U.S.A.). Là, il vit l'expérience du Renouveau. Le Père Joseph Takach, et d'autres prêtres diocésains furent initiés par le Père Kane, notamment, Paul Sauvé, Bernard MacDonald, Joseph MacKenty et Michael McKenna. Ils commencent les premières réunions charismatiques de langue anglaise chez les Catholiques à Montréal.

Le père Jean-Paul Regimbal, quant à lui, reçoit l'effusion de l'Esprit à Phoenix en Arizona, où il est en traitement tout en faisant du ministère à la paroisse Ste-Thérèse de Phoenix. Sandy Winters, une épiscopalienne, au cours d'une rencontre, lui fait part de son expérience du "baptême dans l'Esprit". Le Père RegimbaI qui n'avait jamais entendu parler de cette expérience reste sceptique. Il parcourt cependant les Actes des Apôtres, les épîtres de Paul et les textes du concile Vatican Il. Il revoit la dame en question, se met à genoux et lui demande de "se faire imposer les mains". Il reçoit l'effusion de l'Esprit, puis par la suite est amené à prêcher on Californie, au Danemark, en Espagne, en France et en Italie. il revient au Canada en 1970 pour prendre charge de la Maison de retraite de Montplaisant à Granby où ont lieu les premières rencontres charismatiques en octobre 1970.

En mars, l'année suivante, le Père RegimbaI avec des anglicans charismatiques organise un "Ralliement pour le Christ" au Forum et à l'Oratoire Saint-Joseph à Montréal. David DuPlessis est l'invité principal. Le Renouveau est maintenant implanté dans six régions de Montréal chez les francophones et à Granby. La diffusion du Renouveau va bon train et en 1973, chaque lundi à Granby, la soirée de prière rassemble au-delà de 1000 personnes. On voit des gens venir par autobus d'aussi loin que Cornwall et Ottawa, du Vermont et de Trois-Rivières.

En 1972, Kevin Ranaghan durant le week-end de la Fête du Travail en septembre avait rencontré au Grand Séminaire de Montréal plusieurs leaders et un congrès charismatique eut lieu à l'été 1973 à Loyola University à Montréal.

À partir de ce moment, le développement du Renouveau prend beaucoup d'ampleur. Le père Jacques Custeau, s.j., organise un service central pour les groupes du Renouveau. Les leaders souhaitent la tenue d'un congrès francophone. Celui-ci a lieu en juin 1974 à l'Université Laval à Québec avec la présence du cardinal Suenens et de Jean Vanier. C'est un succès. Il réunit de 6 à 8,000 personnes.

En août 1975 est fondée l'Assemblée canadienne francophone du Renouveau charismatique catholique. Elle se charge d'organiser un deuxième congrès charismatique national francophone au Stade Olympique à l'été 1977 qui réunira 50,000 personnes. Celui-ci est précédé du premier congrè diocésain dans le diocèse de Québec en octobre 1976 qui révèle l'élan des groupes dans cette région. 5,000 personnes y participent.

Un troisième congrès national francophone a lieu au Stade Olympique en 1979, puis l'Assemblée canadienne francophone du Renouveau charismatique décide de favoriser les congrès diocésains et cesse les congrès nationaux.

Ceux-ci reprennent à l'initiative du Conseil canadien du Renouveau charismatique créé en 1985 sous l'impulsion de l'abbé Hermann Giguère, alors répondant diocésain du Renouveau charismatique dans le diocèse de Québec. Le IVe congrès national a lieu à l'Université Laval en 1990 avec la participation de Mgr Paul Cordès, délégué du pape Jean-Paul II pour le Renouveau charismatique ayant succédé au cardinal Suenens, et le Père Diego Jaramillo, eudiste de Bogotà en Colombie, président international. Plus de 7,000 personnes remplissent le Stade couvert du PEPS de l'Université Laval.

Les groupes et les communautés du Renouveau commencent à vivre une décroissance dans les années 90. Les congrès nationaux se suivent: Ve à Québec en 1994; VIe à Ottawa en 1998; VIIe à Ottawa en 2000.

Le VIIIe congrès national soulignant le 30e anniversaire du premier tenu en 1974, a eu lieu à l'Aréna de Verdun à Montréal, les 6, 7 et 8 août 2004 et a réuni 3,000 personnes environ. C'est le Père Joseph-Marie Verlinde, prédicateur du Carême à Notre-Dame de Paris en 2002, qui en était le conférencier principal. Un IXe congrès national s'est tenu en 2009. Il a eu lieu à Québec au Pavillon de la jeunesse d'Expo-Cité du 12 au 14 juin 2009 sous le thème « Ravive en toi le don de l'Esprit »(2 Tm 1,6). La célébration de clôture a été présidée par Mgr Luc Cyr, évêque répondant. Le Xe congrès national s'est tenu à Montréal à l'église Saint-Jean-Baptiste du 18 au 21 août 2111. Un XIe congrès national a eut lieu à Notre-Dame-du-Cap à Trois-Rivières du 6 au 9 juin 2014 avec la participation de la présidente internationale (ICCRS), Mme Michelle Moran de l'Angleterre et de Jim Murphy un des pionniers du Renouveau charismatique aux États-Unis.

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


Premier président du Conseil Canadien du Renouveau charismatique de 1986 à 1996
Répondant et délégué des évêques auprès des groupes du Renouveau charismatique de 1974 à 1992 et conseiller auprès de l'ICCRS de 1977 à 1990

3 novembre 2016

07/11/2016

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L’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) a présenté le 26 octobre 2016 devant la Commission des Institutions, son mémoire sur le projet de loi 62, portant sur la neutralité religieuse de l’État. La délégation était composée du président, Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier, et des archevêques de Québec et de Montréal, Monsieur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix et Mgr Christian Lépine.


04/11/2016

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Ce livre est le fruit de plus de cinq ans de recherches et d'enquêtes. Les auteurs se sont donné la peine de vérifier leurs affirmations. Au-delà des données recueillies, l'intérêt de leur enquête réside dans la méthode employée pour les classer et les mettre en relation les unes avec les autres. Cette méthode est inspirée de la sémiotique et ils la nomment la sémiométrie.


29/10/2016

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Tel est le message qu'a livré aux prêtres du Séminaire de Québec, lors d'une journée de ressourcement, Mgr Yvon-Joseph Moreau, évêque du diocèse de Ste-Anne-de-la-Pocatière au Québec, le 28 octobre 2016. Cette journée s'est tenue au Pavillon Jean-Olivier-Briand du Séminaire de Québec qui est la résidence des prêtres du Séminaire et des séminaristes du Grand Séminaire de Québec.


28/10/2016

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Lorsqu'on regarde et observe un "sujet qui prie", un "priant", on est renvoyé à une attitude, une expérience. Ce "sujet", cette personne met quelque chose en action. Il cherche à ouvrir un espace de communication, de dialogue.


18/10/2016

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« Le texte est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre 8 d’Amoris laetitia. Il n’y a pas d’autre interprétation. Et je suis sûr que cela fera beaucoup de bien », écrit le pape François aux évêques de la région de Buenos Aires ses anciens collègues, soulignant que « c’est précisément la charité pastorale qui nous pousse à sortir pour rencontrer ceux qui sont éloignés, et une fois que nous les avons rencontrés, à entamer un chemin d’accueil, d’accompagnement, de discernement et d’intégration dans la communauté ecclésiale ».


12/09/2016

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Mgr Pierre Gaudette P.H. qui a été professeur d'Éthique pendant de nombreuses années à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval (Québec) nous livre dans cet article se réactions au document du pape François sur la famille intitulé "La joie de l'amour" (Amoris laetitia).


09/06/2016

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Marco Veilleux a rédigé cette critique dans le sillage du témoignage de Bernard Émond à l'Assemblée du clergé du Diocèse de Québecle le 7 mai 2016 et elle mérite une réflexion sérieuse. Les pasteurs et les chrétiens et chrétiennes y trouveront des points de référence qui permettent de sortir des habituelles et banales constatations sur l'état de l'Église au Québec et qui ouvrent des avenues nouvelles à emprunter...au plus vite. Nous vous la présentons avec l'autorisation de l'auteur qui en souhaite une large diffusion. Bonne lecture!


08/05/2016

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Réunis à la Maison généralice des Soeurs de la Charité de Québec à Beauport, le 4 mai 2016, plus de 200 prêtres et diacres ont goûté avec avidité le témoignage de Bernard Émond dans le cadre leur Assemblée annuelle. Je transcris les notes que j'ai prises lors de ce témoignage émouvant. Elles ne prétendent pas rapporter textuellement la teneur de l'entretien. Elles sont un aide-mémoire qui permet, cependant, d'identifier une démarche riche de sens et d'interrogations.


04/05/2016

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